Travail

L’efficacité intellectuelle varie au cours de la journée (et au gré des saisons)

Obliger les individus à travailler de 9 à 17 heures est contre-productif, voire néfaste pour leur santé. Connaître son horloge génétique et respecter le rythme des saisons permet de mieux vivre et travailler

Les rythmes de travail sont-ils adaptés à nos besoins corporels? Au cours d’une intervention au British Science Festival, Paul Kelley a récemment comparé le rythme d’une journée de travail standard (9h-17h) à de la «torture». Pour ce professeur en neurosciences et spécialiste du sommeil, nous vivons dans une société qui nous prive de sommeil et qui ne respecte pas nos rythmes biologiques. «Les adultes de moins de 55 ans ne devraient pas débuter leur journée avant 10 heures», a-t-il affirmé. Outre les conséquences désastreuses sur la productivité, l’humeur et la mémoire, aller à l’encontre de son horloge interne rendrait irritable, anxieux et augmenterait les niveaux de stress. La prise de poids, l’hypertension et des problèmes de foie et de cœur feraient également partie des symptômes. Ce cortège de maux serait pourtant facilement évitable et traitable si le début du travail quotidien était repoussé de quelques heures, a assuré Paul Kelley.

Êtes-vous hibou ou alouette?

Les propos du scientifique britannique sont cependant nuancés par les travaux de Derk-Jan Dijk de l’université de Surrey, en Angleterre. Dans une étude publiée en juin 2009 dans The Journal of Neuroscience, ce professeur de physiologie du sommeil a démontré que nos rythmes biologiques se transmettaient d’une génération à l’autre par nos gènes et en particulier par l’intermédiaire d’un petit groupe de gènes nommés PER3 ou «gènes Clock». Nous serions donc tous sous l’empire de la prédestination, c’est-à-dire programmés à la naissance pour être tantôt des «hiboux», soit des lève-tard et des couche-tard, tantôt des «alouettes», soit des lève-tôt et des couche-tôt. Ainsi, exiger par exemple d’un «hibou» concentration et efficacité de bon matin revient à lui demander de lutter contre sa propre nature. Les résultats de cette étude font écho aux travaux de Reinberg, lequel a démontré en 1985 que des jumeaux homozygotes avaient des rythmes biologiques identiques. Ils démontrent également ce que de nombreux patrons et chefs d’entreprise pressentent depuis toujours.

Pat Brans, consultant en «time management» et auteur du livre «Master the moment: 50 CEO’s Teach You the Secrets of Time Management", remarque ainsi que les leaders ont en commun le fait d’être très à l’écoute de leurs rythmes biologiques. Autrement dit, ils savent que le moment où l’on pense est aussi important que ce que l’on pense. «Tous les dirigeants qui ont partagé leurs secrets avec moi sont profondément conscients de la façon dont leur humeur et leurs niveaux d’énergies changent au cours de la journée, relève-t-il. Au lieu de se battre contre Mère Nature, ils surfent sur ces vagues comme elles viennent.» Certains limitent l’amplitude de leurs journées de labeur et ne travaillent que le matin, l’après-midi étant réservée à une activité sportive. D’autres ne se livrent à des tâches relationnelles qu’à certaines heures de la journée, lorsqu’ils se savent disposés à l’écoute des autres. D’autres encore connaissent leurs pics d’efficacité intellectuelle et ne se concentrent qu’à certaines heures précises.

Tous les dirigeants que j'ai interviewé sont profondément conscients de la façon dont leur humeur et leurs niveaux d’énergies changent au cours de la journée

Pat Brans rappelle que la gestion efficace du temps est à la portée de tous. Pour accroître sa productivité et exploiter son potentiel au maximum, il suffit de s’autoanalyser au cours de trois journées de travail type non-consécutives «afin d’identifier les plages horaires lors desquelles nous sommes dotés de plus ou moins d’énergie physique, de capacité de concentration, de capacité d’éveil (écoute et attention) et de prédisposition à l’optimisme».

En finir avec le temps toxique

Quid des employés? Les entreprises se fourvoient-elles en imposant des horaires de travail identiques? Pour Pierre Moniz-Barreto, auteur du livre «Slow Business, Ralentir au travail et en finir avec le temps toxique», les entreprises devraient davantage respecter les rythmes individuels de leurs employés. «Un hibou n’est pas forcément un fainéant s’il traîne la patte de bon matin et une alouette n’est pas une nullité lorsqu’elle se montre incapable de faire des calculs complexes sans erreurs après 19 heures», remarque-t-il. Et d’ajouter: «En termes de travail d’équipe, «hibou» et «alouette» sont complémentaires.»

Autre aspect dont il faut tenir compte, que l’on soit du matin ou du soir: les changements de saison qui induisent des changements de rythmes biologiques. En effet, le cerveau n’est pas seulement soumis à l’influence des gènes. Il est aussi intégré dans un environnement dont il partage tous les rythmes. Avec l’arrivée de l’automne, près d’une personne sur trois ressent une baisse d’énergie et de motivation. Certains se plaignent d’apathie, d’autres de pensées ralenties, de difficultés de concentration ou de mauvaise humeur. Entre les mois de novembre et mars en particulier, ces symptômes prennent la proportion d’une véritable dépression saisonnière pour près de 10% de la population vivant au-dessus du 40e parallèle (Madrid en Europe, New York Outre-Mer). En cause? Le manque de lumière qui dérègle la sécrétion des hormones responsables de notre bien-être et de nos humeurs.

L'importance de la lumière et du climat

L’explorateur polaire Frederick Cook est l’un des premiers à avoir soigné les troubles liés à l’absence totale de lumière. En 1898, lorsque son équipe, immobilisée par la glace pendant 68 jours, est contrainte de vivre dans l’obscurité totale, il écrit dans son journal de bord: «Un nuage d’obscurité est tombé sur nous. Une désolation glacée nous envahit. Les hommes qui m’entourent restent assis, tristes, désespérés. Chacun a perdu son enthousiasme et son optimisme.» Pour aider ses hommes à retrouver leurs esprits, l’explorateur leur impose chaque jour plusieurs heures d’exposition directe à un grand feu de camp. Et constate aussitôt une amélioration dans le moral des troupes. Ce traitement improvisé sera la première expérience de luminothérapie.

Si les conditions climatiques suisses ne s’apparentent pas à celles du Grand Nord, la dépression hivernale touche cependant de nombreux Helvètes. Pour régler notre «pendule interne», les experts conseillent trente minutes d’exposition quotidienne à 10000 lux (l’unité qui mesure l’éclairement lumineux), étant précisé qu’en été, le soleil émet près de 50 à 100000 lux et qu’en hiver, cette quantité chute à 1000 à 2000 lux. Nos bureaux quant à eux sont rarement éclairés de plus de 300 lux. Une simple lampe de luminothérapie permet de resynchroniser les rythmes biologiques internes en deux semaines. A Neuchâtel, la société Medi-Lum a pour devise Bright Light, Bright Work. Experte en luminothérapie, elle propose aux particuliers et aux entreprises des programmes sur-mesure «anti-blues saisonnier» adaptés à tous les environnements de travail. Pour un hiver riche en idées lumineuses.

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