Finance inclusive

L’efficacité des investissements durables reste peu étudiée

A côté des banques et des organisations internationales, Genève abrite également un pôle de recherche académique sur les investissements responsables. Rencontre avec l’une de ses figures de proue

C’est une Rajna Gibson très occupée qu’a rencontrée Le Temps, quelques jours avant une conférence sur la finance durable organisée fin septembre à Genève. La codirectrice du Geneva Finance Research Institute est en pleine phase d’évaluation des quelque 90 papiers de recherche académique que le GRFI a reçus en vue du 4e Sommet sur la finance durable qu’il organisera le 7 décembre, toujours au bout du lac. Le thème de la finance dite responsable ou inclusive «fait l’objet d’un intérêt croissant dans le monde académique, comme dans le monde professionnel», décrit la professeure de finance à l’Université de Genève, qui avait reçu seulement 30 papiers en 2013, pour la première édition de ce sommet.

Les chercheurs se sont, dans un premier temps, intéressés au lien entre performance financière et respect des critères ESG (environnement, social et gouvernance). L’explosion de papiers académiques sur le sujet au cours des dix dernières années n’a débouché sur aucune conclusion définitive, le lien entre les deux dimensions étant parfois décrit comme positif, parfois négatif ou même inexistant.

Le rôle des banques centrales dans la promotion de l’économie durable constitue un champ d’intérêt actuel pour les chercheurs

A en juger par les articles qui lui ont été soumis cette année, «on constate une émergence de papiers sur les obligations vertes, pour déterminer si elles apportent une véritable valeur ajoutée pour les émetteurs ou pour savoir si ces derniers investissent les fonds levés de manière plus durable ou pas», poursuit l’ancien membre de la Commission fédérale des banques, le superviseur financier qui a précédé la Finma. Le rôle des banques centrales dans la promotion de l’économie durable constitue un autre champ d’intérêt actuel pour les chercheurs, alors qu’en Suisse, la Banque nationale considère clairement que ce n’est pas son rôle.

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Au sein du GFRI, qui compte trois professeurs, deux post-doctorants et un doctorant travaillant sur des questions liées à la durabilité, Rajna Gibson a publié cet été, avec son collègue Philipp Krueger, un article sur les motivations des acteurs institutionnels à investir de manière durable. Il peut s’agir d’une véritable volonté de «doing good by doing well» (conjuguer performance financière et respect ESG) ou d’une recherche de prestige de la part des dirigeants. Ou encore de l’accomplissement d’une démarche philanthropique pour le compte des divers ayants droit (notamment les assurés d’une caisse de pension) à des coûts moins élevés. Les résultats obtenus par les auteurs montrent que la première et la troisième motivation sont les plus courantes. Autre conclusion de cet article: la durabilité d’un portefeuille opère comme un outil de gestion du risque des portefeuilles institutionnels.

Les différentes approches durables

Les territoires qui restent à explorer concernent la méthodologie des notations ESG. Par exemple pour établir en quoi les différentes approches convergent ou divergent. L’objet est intéressant car les investisseurs se basent souvent sur des données fournies par des instituts spécialisés, qui peuvent accorder davantage d’importance à la performance financière ou au contraire au respect des normes ESG.

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L’amélioration de la mesure de l’impact des investissements durables reste une autre dimension encore peu abordée par le monde académique, de même que la valeur ajoutée des différents styles de gestion ESG, entre les exclusions, la sélection des entreprises les mieux notées («best in class») ou l’engagement des actionnaires pour influencer la politique d’une entreprise.

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