Lundi sera férié au Japon pour cause de «fête du sport». Pour les courtiers de Kabuto-cho, l'heure du sport a sonné dès vendredi. A la veille du week-end, le Nikkei a plongé de 9,6%. Sa pire journée depuis octobre 1987, lorsque les traders nippons s'étaient réveillés avec un krach de Wall Street sur les bras. Même durant les heures noires de sa propre crise financière, dans les années 90, le marché nippon n'avait connu une telle déroute: en une semaine, le deuxième marché boursier mondial en termes de capitalisation a perdu près du quart de sa valeur!

Epargné par les «subprime»

«Etant le premier à ouvrir au lendemain de la fermeture de Wall Street, le marché japonais est le premier à subir les retraits de liquidités des investisseurs qui se sont fait secouer sur le marché américain», tempère Emmanuel Hermand, vendeur actions chez Nomura, la plus grande maison de courtage du pays.

Cette dégringolade apparaît en effet d'autant plus sévère que l'Archipel semblait à l'abri de la crise. Non point en raison d'une rare prescience de ses banques. Mais parce que celles-ci, au sortir d'une «décennie perdue» ayant failli causer leur perte, n'avaient pas eu le temps de s'aventurer dans les «subprime». Même la faillite de la compagnie d'assurance-vie Yamato, censée expliquer le plongeon du Nikkei, vendredi, a tout d'une fausse excuse. Les autorités nipponnes ont souligné que la banqueroute de cet assureur restait déconnectée de la crise mondiale.

Les exportateurs plongent

Et pourtant le Nikkei baisse, foulant les derniers espoirs des fidèles qui auront parié dix-huit ans durant sur le retour du Japon. Les entreprises nipponnes les plus touchés en bourse ne sont pas les banques mais... les sidérurgistes ou les fabricants des machines-outils, dont les actions se sont évaporées de 50% cette année. Jamais le géant Toyota n'a ainsi connu une semaine boursière aussi noire: ses actions plongent de 21% depuis lundi et ont perdu deux tiers de leur valeur depuis leur sommet de février 2007. Ironie du sort, ce plongeon touche des groupes dont les bilans ont été totalement nettoyés et l'endettement fortement réduit au sortir de la «décennie perdue».

Bien plus qu'un énième avatar des «subprime», l'effondrement de Tokyo reflète surtout la crainte de voir les débouchés de ses grands exportateurs ralentir. L'impact de ces craintes sur le marché nippon est d'autant plus immédiat que «les exportations restaient le principal moteur de la croissance nipponne, celui de la consommation domestique n'étant pas reparti», relate Emmanuel Hermand. Selon ce dernier, «ce marché boursier peut être considéré comme un indicateur avancé de la croissance mondiale». Soudain Kabuto-Cho annonce le nouveau chapitre de la crise: un coup de frein sur l'activité économique de toute la planète.