A Neuchâtel, rares sont les habitants conscients de la place qu'a conquise leur ville sur la carte mondiale des trusts. C'est en toute discrétion que le chef-lieu a appris à administrer ces véhicules financiers. Cependant, après exactement vingt ans d'application de l'adage «soyons heureux, vivons cachés», cette spécialisation devrait apparaître en pleine lumière si les Chambres fédérales ratifient au printemps prochain, comme prévu, l'adhésion de la Suisse à la Convention de La Haye, qui ancre la définition des trusts au niveau international.

Le secret de Neuchâtel se cache auprès d'une société d'origine sud-africaine, Stonehage. Installée dans d'anonymes locaux administratifs sur les hauts de la ville, cette société n'attend que l'entrée en vigueur de la convention pour donner un coup de fouet à ses affaires.

«La Suisse est très bien placée pour capter une part importante de ce marché, soulignent Ari Tatos et Frédéric Carbonnier, respectivement directeur exécutif et directeur de la clientèle privée. Plusieurs clients veulent même redomicilier leur trust afin de profiter de la formidable qualité du personnel et des services offerts ici. Nous pensons être en mesure de porter le nombre de nos employés locaux à 100 ou 120 personnes dans les trois à quatre ans au lieu de 80 actuellement».

Culture de la discrétion

Un tel volontarisme accroîtra la concurrence dans un secteur déjà très occupé par les banques de gestion. C'est pour se positionner face à elles et se rapprocher de leur clientèle que la société envisage d'ouvrir une succursale à Zurich et se rend visible.

Attirée en novembre 1986 par l'ancien directeur de la promotion économique Karl Dobler, Stonehage avait commencé avec trois personnes seulement. «L'ignorance des trusts par le droit suisse ne nous a pas empêchés de développer nos affaires», poursuivent Ari Tatos et Frédéric Carbonnier. Ce que la société a trouvé au pied des Montagnes neuchâteloises, c'est «une culture de la discrétion, un savoir-faire pointu dans les professions de la finance et de la comptabilité et une conscience élevée du travail de qualité. Autant de facteurs qui génèrent et alimentent la confiance de la clientèle».

C'est de Neuchâtel que s'effectue la comptabilité des quelque 4000 trusts gérés par ce groupe et domiciliés pour l'essentiel à Jersey. C'est là, notamment, que sont préparés les ordres d'achats ou de ventes donnés par les gérants de l'île anglo-normande. Bien qu'affiliée à un OAR, Stonehage n'a pas de licence bancaire suisse et agit comme tiers gérant.

Neuchâtel n'est qu'un des points nodaux de ce groupe privé basé à Londres. Fondé au milieu des années 1970 comme family office par quelques entrepreneurs sud-africains confrontés à l'embargo frappant alors leur pays, il s'est épanoui dans la gestion de patrimoine. La masse gérée atteint aujourd'hui 20 milliards de dollars, privée à 95%. La part originaire d'Afrique du Sud est tombée en dessous de 25% au profit essentiellement de clients anglo-saxons. L'importance de la diaspora juive dans la clientèle a conduit la société à ouvrir un bureau en Israël.