La pandémie a creusé les inégalités en général, celles de genre en particulier. On s’en doutait, mais le rapport publié mercredi par le Forum économique mondial (WEF) le confirme de façon spectaculaire: lors de son rapport précédent en 2019, l’organisation estimait qu’il faudrait près d’un siècle pour atteindre la parité parfaite. Désormais, c’est plus d’une génération supplémentaire qu’il faudra attendre: 135,6 ans.

Voir le rapport complet du WEF:  (en anglais)

«La pandémie a eu un impact fondamental sur l’égalité femmes-hommes, tant sur le lieu de travail qu’à la maison, faisant perdre des années de progrès», a déclaré Saadia Zahidi, membre du comité exécutif du WEF et autrice du rapport. En cause, le fait que les femmes travaillent davantage dans les domaines très touchés par les confinements, en plus d’être davantage mises à contribution à la maison. Résultat, elles font des doubles journées, ce qui a un impact à la fois sur la productivité et psychologique.

Bond de la Suisse

La moyenne n’est toutefois pas la réalité de tous les pays: un peu plus de la moitié d’entre eux ont en réalité fait des progrès, s’est félicitée Saadia Zahidi lors de la conférence de presse. Tous les modèles ont été testés avec la crise sanitaire, y compris les plus égalitaires, comme ceux des pays nordiques. La solidité qu’ils ont montrée est elle aussi réjouissante, a-t-elle poursuivi, ce qui prouve que l’on connaît les recettes du succès.

La Suisse fait partie des pays qui s’améliorent, bondissant de huit places au classement. Elle entre ainsi dans le top 10 cette année, en grande partie grâce aux dernières élections qui ont vu une part plus importante de politiciennes être élues. «Cette amélioration au niveau politique contraste avec une stagnation au niveau économique», pointe néanmoins le rapport. La Suisse a perdu cinq places dans ce sous-indice. Le WEF regrette notamment que les femmes soient plus nombreuses à travailler à temps partiel (44,9% contre 30,4%) et que les congés parentaux soient si faibles, même si les hommes ont récemment reçu deux semaines. «Enlever ces barrières, et d’autres, serait des étapes importantes pour combler les écarts de genre dans ce domaine.» Reste que si la parité homme-femme progresse, les inégalités en général se sont creusées en Suisse, comme l'ont montré plusieurs études.

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Le rapport du WEF mesure les écarts entre les genres dans quatre domaines: économique, politique, santé et éducation. Au niveau mondial, le premier a vu une amélioration «marginale» et reste béant: il faudrait 267,6 ans pour qu’il soit comblé. «Le progrès lent est dû à des tendances opposées: alors que la proportion de femmes parmi les professionnels qualifiés continue d’augmenter, les disparités de revenus persistent et peu de femmes sont représentées dans les postes de management», détaille l’étude. Or, a repris Saadia Zahidi, «si nous voulons une future économie dynamique, il est vital que les femmes soient représentées dans les jobs de demain. C’est le moment d’intégrer l’égalité dans les politiques de relance.»

L’Islande toujours leader

L’autre grande source d’écart entre les genres, la politique, elle, s’est creusée l’an dernier. La participation politique a décru dans plusieurs grands pays. En moyenne, les femmes détiennent 26,1% des sièges dans les parlements et 22,6% des fonctions de ministre. L’écart politique reste donc l’un des plus grands: à ce rythme, il prendra 145,5 ans à être comblé (95 ans, selon le rapport précédent). Les deux derniers, santé et éducation, sont en revanche presque comblés.

L’Islande reste leader du classement, suivi des autres pays nordiques. Le rapport, publié pour la 15e fois, a déjà été critiqué parce qu’il ne tient pas ou peu compte de certains problèmes, comme les violences faites aux femmes, par exemple. Résultat, certains pays figurent dans le haut du tableau alors même qu’ils sont pointés du doigt par des ONG pour ces raisons.

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