Gare de Kawasaki, vendredi 8h00. Entouré de banderoles, le candidat en gants blancs et porte-voix énonce son programme en trois slogans, rappelle son nom à chaque virgule. Placé au bas des escaliers roulants, il a vingt secondes pour convaincre de ses qualités le flot ininterrompu des travailleurs en route pour le turbin. C’est la campagne électorale à la mode japonaise.

Les électeurs de l’Archipel sont appelés aux urnes dimanche pour renouveler les 465 sièges de la Chambre des représentants – Chambre basse de la Diète – dont la dissolution a été décidée par le premier ministre, Shinzo Abe. Ce coup de force a provoqué une certaine surprise. Le Japon donne quelques signes de reprise durable: taux de chômage au plus bas à 2,9%, produit intérieur en progression depuis bientôt six semestres et consommation des ménages en hausse.

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Alors que les deux premiers piliers des «Abenomics» – relance budgétaire et assouplissement monétaire – semblent porter leurs fruits, le troisième – réformes structurelles – peine encore à trouver sa cible. Avec cette tendance, sinon robuste du moins positive, le leader du Parti libéral-démocrate (PLD), selon de nombreux observateurs, aurait pu attendre tranquillement la tenue des élections législatives prévues en décembre 2018.

Les investisseurs misent sur Shinzo Abe

Les nouvelles sont aussi bonnes dans le secteur financier. La bourse de Tokyo a clôturé la séance de vendredi à 21 457 points, toujours à ses plus hauts niveaux depuis 21 ans. Les investisseurs se montrent ainsi dans l’attente confiante d’une victoire de Shinzo Abe et de la poursuite de sa politique économique et monétaire.

La seule opposition crédible au PLD est représentée par la très médiatique Yuriko Koike, la récemment élue gouverneure de Tokyo et dissidente du PLD, pour lequel elle avait occupé la fonction de ministre de la Défense. Yuriko Koike, qui se définit comme «réformiste et conservatrice», est décrite comme «macronienne» dans sa volonté de secouer le cocotier politique et de voir ce qui en tombe. Au-delà de ses résolutions réformistes, la cheffe de file du Parti de l’espoir, créé quelques jours avant l’annonce de la dissolution de la Chambre des représentants, ne se prive pas de rappeler les scandales qui ont éclaboussé Shinzo Abe cet été et l’ont fait chuter dans les sondages.

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Sur un plan économique, le Parti de l’espoir dénonce le projet du PLD de relever une nouvelle fois la taxe sur la consommation, dans un contexte de stagnation des salaires. Le premier ministre souhaiterait utiliser cette manne pour des dépenses sociales, en particulier sur les soins et la réduction des charges éducatives pour les familles.

Provocations nord-coréennes

Peut-être les récentes provocations balistiques nord-coréennes offriront-elles à Shinzo Abe une occasion en or pour réaffirmer son conservatisme et mener à bien un de ses projets fétiches: la révision de la Constitution pacifiste du Japon, qui lui permettrait d’asseoir sa souveraineté face à ses voisins chinois et nord-coréen et de se dégager quelque peu de la tutelle américaine. La brochure distribuée aux électeurs est sans équivoque sur ce point. Pour avoir les coudées franches, le PLD devra détenir deux tiers des sièges à la Chambre basse.

Même la météo s’est alliée au parti au pouvoir: le typhon annoncé pour ce week-end, en incitant les indécis à rester chez eux, devrait profiter au parti en place. Une victoire de Shinzo Abe, 63 ans, lui permettrait de rester au pouvoir jusqu’en 2021.