Analyse

Les législatives grecques qui ont lieu ce dimanche revêtent une importance capitale non seulement pour le pays, mais aussi pour l’avenir de la zone euro. Les résultats, plus que ceux des présidentielles françaises, ont le potentiel d’exacerber la crise économique et sociale et de plonger l’ensemble du continent dans une profonde incertitude.

En récession depuis cinq ans, le pays est littéralement administré par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Deux plans de sauvetage, le premier en juillet 2010 pour un montant de 110 milliards d’euros et le second en mars 2012 pour 173 milliards, lui ont permis d’éviter la faillite. En contrepartie, Athènes a accepté trois programmes d’austérité aux coûts sociaux énormes, notamment en termes de pertes d’emplois et de pouvoir d’achat. La population, surtout les classes les plus défavorisées, a payé le prix fort. Les observateurs s’accordent à dire que les élections lui offrent une belle occasion de se venger.

Les têtes de Turcs sont tout désignées: le Pasok (socialiste) et la Nouvelle démocratie (conservateur) qui se sont partagé le pouvoir depuis la fin de la junte en 1974. Le clientélisme et la corruption ont conduit le pays à la faillite. L’économie s’est contractée de 14% en trois ans, le taux de chômage a explosé à 22% et la dette s’élève à 160% du produit intérieur brut.

Le chaud et le froid

La crise a favorisé l’émergence de formations politiques extrémistes et démagogiques de tous bords, qui contestent le régime d’austérité imposé, selon eux, de l’extérieur. Le système électoral grec à la proportionnelle favorise l’émiettement des suffrages. De ce fait, ni le Pasok ni le parti conservateur n’obtiendront de majorité claire et ils devront composer avec des partis minoritaires anti-austérité. Pendant la campagne électorale, les conservateurs ont aussi soufflé le chaud et le froid sur le programme des réformes.

Ce dimanche, les résultats sortis des urnes détermineront le sort du chantier des réformes. Le versement de la prochaine tranche d’aide est prévu pour juin; il dépendra de l’engagement et de la stabilité du prochain gouvernement. Les bailleurs des fonds seront aussi attentifs au poids et au rôle des partis extrémistes au sein du nouveau parlement. A Athènes comme à l’étranger, les observateurs craignent le pire, c’est-à-dire une remise en question des accords avec la troïka. Si tel est le cas, le pays entrera dans une nouvelle période d’incertitude économique et d’instabilité sociale, pouvant déboucher sur la sortie de la zone euro et des effets de domino imprévisibles en Espagne, au Portugal, en Italie ou encore en France. Face à ce scénario catastrophe, les plus optimistes pensent que les Grecs seraient de nouveau vite appelés aux urnes afin d’élire un pouvoir fort et responsable.