La nouvelle est tombée comme un couperet pour les employés de Lego à Baar (ZG). Le fabricant de jouets danois a annoncé jeudi matin à la presse – les employés ont été informés la veille – la fermeture de deux usines zougoises dans le courant de l'année prochaine, ainsi que la suppression de 390 emplois en Suisse. Les responsables du groupe ont confirmé les rumeurs selon lesquelles Lego avait accusé un déficit de près d'un milliard de couronnes, soit 200 millions de francs.

Le fabricant explique cette mauvaise performance par l'engouement croissant des jeunes consommateurs pour les jeux informatiques. Le groupe avait déjà licencié pour les mêmes raisons 10% de son effectif suisse en 1999 (150 emplois) et fermé l'usine saint-galloise de Au, qui employait 70 personnes dans la fabrication de moules Lego. Il avait affiché l'année précédente la première perte de son histoire, soit une chute de 87% de son bénéfice à 62 millions de couronnes (15 millions de francs).

Les usines de Neuhof et de Lättich à Zoug (municipalité de Baar) sont les plus touchées par cette restructuration au niveau mondial, qui entraîne également des suppressions d'emplois au Danemark, aux Etats-Unis, en Hongrie et en Allemagne (voir tableau). Lego entend désormais concentrer sa production en Suisse sur les sites de Willisau (LU), qui produit depuis 1993 les Lego Baby et Lego Duplo, ainsi que de Steinhausen (ZG). «Il est clair qu'un tel déficit nous a forcés à revoir la manière dont nos affaires fonctionnent», affirme Poul Plougmann, vice-président du groupe. «Nous avons reçu une douche froide qui nous a ouvert les yeux. Nous savons mieux maintenant dans quels secteurs nous sommes bons et dans lesquels nous ne le sommes pas.»

Le groupe, victime d'une trop grande diversification, veut revenir à ses compétences de base: des matériaux qui «encouragent les enfants aux jeux, qui stimulent l'imagination, la créativité et l'apprentissage». Le groupe compte réduire ou abandonner certains secteurs non clés, comme les montres, les habits, les livres et autres produits liés au style de vie. Il espère également réduire ses pertes dans le secteur des softwares. «Je vous assure qu'en dépit d'une année difficile, Lego n'est pas en danger, affirme son président, Kjeld Kirk Kristiansen, petit-fils de celui qui a créé l'entreprise en 1932. Cette dernière est toujours restée en mains familiales. Kjeld reste optimiste et s'attend à un rebond financier en 2001.

Plan social

Dans l'intervalle, un plan social a été élaboré pour les collaborateurs touchés par l'annonce. Hanspeter Jutzi, directeur de la production en Suisse, tient à le dire: «Les employés de Lego ont toujours été au centre de nos préoccupations.» Selon les chiffres de la direction, les employés sont restés en moyenne pendant treize ans à Lättich et un peu plus de onze ans à Neuhof (lire ci-dessous). Des contacts avec les entreprises de la région ont déjà été pris afin de leur trouver de nouveaux emplois. Les responsables de Lego ont bon espoir: «La situation sur le marché du travail est bonne», ont-ils affirmé jeudi.

Le groupe prévoit en outre de mettre en place un «job center», qui promulguera des conseils et mettra des bureaux à disposition, ainsi que du matériel d'information et des journaux. Les employés recevront une somme de dédommagement pour leur départ, qui correspondra à deux mois de salaires pour ceux âgés de 34 ans ou moins, quatre mois de salaire entre 34 et 49 ans et sept mois de salaire à partir de 50 ans. L'entreprise veut notamment se montrer plus flexible au niveau des retraites anticipées, un plan qui concerne environ 30 employés. Ceux-ci bénéficieront plus tôt de leur retraite que sous l'ancien système, qui prévoyait que chaque année de service donnait droit à un mois de préretraite.