«Je m'exprime à titre personnel. Depuis le 11 septembre et la guerre en Afghanistan, les aspects sécuritaires ont gagné en importance. Mais je ne pense pas que les Etats-Unis ont radicalement changé. Vous savez, c'est un vaste pays. Dans la vie de tous les jours, les Américains continuent à se suffire à eux-mêmes. Rares sont ceux concernés par le reste du monde.

Pour des raisons différentes, les intérêts des intellectuels américains rejoignent aujourd'hui ceux de l'Américain moyen. Ils ne veulent pas d'un Etat «big brother» qui les espionne. Ils n'acceptent pas que les aspects sécuritaires changent leur vie de tous les jours. Je voyage beaucoup aux Etats-Unis. Bien sûr, il y a un peu plus d'attente aux aéroports. Mais pour le reste, on est en voie de normalisation. On voit par exemple moins de drapeaux dans les rues qu'après le 11 septembre.

Pour moi, l'économie continue de primer aux yeux des Américains. La prochaine élection présidentielle n'échappera pas à cette règle. Si le porte-monnaie de l'électeur est plein, le président sortant est réélu. Je pense que George W. Bush n'aurait eu aucune chance s'il avait fallu voter à l'automne 2003. Aujourd'hui, l'embellie économique n'est pas complète. Par conséquent, il n'est pas non plus certain qu'il soit élu. Une économie en plein boom lui aurait assuré son poste.

Seule l'économie change les choses en profondeur aux Etats-Unis. Prenez les ingénieurs de Silicon Valley. Ils portaient des vêtements «casual» tous les jours lorsque l'économie boomait au cours des années 90. Aujourd'hui, ils sont en costume-cravate avec l'espoir de garder leur job.

De manière générale, je suis partagé sur l'administration #Bush. Elle n'a pas réussi à prouver la présence d'armes de destruction massive en Irak. J'aurais préféré que l'on me dise la vérité. Que l'on est par exemple intervenu pour des raisons économiques ou liées au pétrole. D'un autre côté, je ne suis pas sûr que l'embargo imposé par l'ONU à l'Irak aurait suffi pour renverser Saddam Hussein. Chacun gère ses propres intérêts économiques. Dès lors, il n'est pas sûr que les Russes et les Français respectaient complètement cet embargo.»