Après des mois d’attentes et une année écoulée riche en rebondissements, la Réserve Fédérale états-unienne (Fed) est sur le point de durcir sa politique monétaire pour la première fois cette année. La réunion du comité de politique monétaire (FOMC), qui se tiendra les 13 et 14 décembre, se traduira très probablement par une augmentation d’un quart de point (0,25%) de ses taux directeurs, ce qui les portera entre 0,5% et 0,75%. Cette décision étant fortement anticipée par les intervenants, les marchés financiers ne devraient guère réagir. Le marché portera cependant une attention toute particulière aux projections du comité, notamment aux perspectives de redressement des taux pour l’année prochaine. Lors de la réunion de septembre dernier, le comité avait revu à la baisse ses prévisions pour 2017, n’espérant plus que deux hausses contre quatre lors la réunion de juin.

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Etant donné les récentes incertitudes géopolitiques – Brexit, émergence de poussées nationalistes en Europe ou encore l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis –, il y a fort à parier que la présidente de la Fed Janet Yellen et son équipe maintiennent une approche prudente, se gardant une marge de manœuvre en cas de coup dur et évitant également de répéter les erreurs de décembre 2015 lorsque l’institution avait publié des prévisions bien trop ambitieuses. Plus spécifiquement, la tâche sera d’autant plus compliquée puisqu’elle devra clarifier sa politique monétaire pour les années à venir alors que le pays est en proie à de profonds changements, potentiellement du moins, et qui sont de nature à remettre en questions les perspectives de croissance des prochaines années.

Vous l’avez compris, je parle bien de l’arrivée de Donald Trump à la tête de la première économie mondiale. Après s’être concentré presque exclusivement sur les annonces des banques centrales, les marchés financiers vivent maintenant au rythme des déclarations du futur président américain. Le milliardaire ayant fait de nombreuses promesses durant sa campagne, nous nous focaliserons sur celles qui vont retenir l’attention de la Réserve Fédérale en premier lieu: les mesures de relance budgétaire.

La politique budgétaire de la prochaine administration états-unienne sera décisive puisqu’elle peut potentiellement avoir des effets considérables sur l’inflation et la croissance. Les réductions d’impôts, les dépenses en infrastructures ou encore les assouplissements réglementaires promis pourraient effectivement changer la donne au cours des prochaines années.

Il est également utile de rappeler que les membres de Fed ont fait part à plusieurs reprises de la nécessité de coupler les mesures d’assouplissement monétaires, mis en place par la banque centrale, avec un stimulus budgétaire mis en place par le gouvernement. C’est maintenant presque chose faite! Vous notez l’utilisation répétée du conditionnel qui se veut de rigueur étant donné l’extrême versatilité du futur président. En effet, il ne se passe pas une semaine sans que Donald Trump ne revienne sur ses promesses de campagnes et assouplisse ses positions, comme par exemple sa promesse de construire un mur tout au long de la frontière avec le Mexique ou encore de démonter intégralement l’Obamacare. Il est donc plus que probable que d’autres de ses promesses ne voient jamais le jour. L’imprévisibilité est clairement sa marque de fabrique.

Malgré l’optimisme ambiant – le marché action états-unien a récemment battu de nouveaux records, les obligations sont en chute libre et le dollar se sent pousser des ailes –, je reste dubitatif qu’un tel engouement soit justifié. En effet, même en faisant l’hypothèse que le milliardaire suive son programme à lettre, certaines de ces mesures, notamment celles concernant la dérégulation et les dépenses d’infrastructure, prendront du temps avant d’avoir des effets réels. De plus d’autres mesures (protectionnisme, relations commerciales avec la Chine, renégociation de l’ALENA) auront des conséquences négatives sur l’économie, ce qui risque d’annuler ces effets négatifs. Le futur de la première économie mondiale a rarement été aussi incertain, c’est pourquoi une correction sur les marchés financiers reste plus que probable.

* Analyste marché, Swissquote