Parmi les heureux de la victoire d’Emmanuel Macron, il y a le franc. Depuis quelques jours, soulagés de l’échec de Marine Le Pen et son projet de quitter l’euro, les marchés ont quelque peu délaissé la monnaie helvétique. Ce qui lui a permis d’atteindre son plus bas niveau en près d’un an, en fin de semaine dernière.

Lundi, le taux de change s’était à nouveau renforcé, mais le franc reste à des niveaux qu’il n’avait plus connus depuis l’automne dernier. «Cela donne un peu d’oxygène à la Banque nationale suisse (BNS) dans sa lutte contre le franc fort, après avoir dû combattre l’appréciation de sa monnaie à coups de milliards d’interventions sur le marché des changes au cours des mois précédant l’élection présidentielle française», explique Thomas Stucki, chef des investissements à la Banque cantonale de Saint-Gall, dans une note.

Dépasser les 1,10?

Au lendemain de l’élection, la Banque cantonale vaudoise estimait aussi que la BNS devait avoir «le sourire», l’euro se négociant à 1,0914, «bien loin des 1,0780» qui était «le niveau supposé défendu» par l’institution. Les experts estimaient néanmoins que la zone de 1,09/1,10 serait «difficilement surmontable à court terme».

Pour la Banque cantonale de Saint-Gall, il est en revanche tout à fait possible que le taux de change entre le franc et l’euro repasse au-dessus de la barre des 1,10 au cours des prochaines semaines, maintenant que les plus importantes échéances concernant l’euro sont passées. Thomas Stucki estime que les élections en Grande-Bretagne ne joueront aucun rôle sur l’évolution de l’euro, tandis que les partis en tête en Allemagne sont tous proeuropéens.

Problèmes fondamentaux

Mais la suite sera plus complexe. Avec l’amélioration de l’économie en Europe, se posera la question de l’arrêt du QE (Quantitative easing) de la Banque centrale européenne (BCE), qui est prévu jusqu’à la fin de l’année, rappelle Thomas Stucki. Additionné à la perspective d’une éventuelle hausse des taux au second semestre 2018, l’euro pourra encore se renforcer, au moins face au dollar, ajoute-t-il. Depuis l’élection française, l’euro s’est d’ailleurs déjà renforcé face au billet vert.

Reste que «les problèmes fondamentaux de l’euro, entre la faiblesse de l’économie française ou italienne, la question de l’endettement public ou des difficultés des banques italiennes, peuvent encore rattraper la monnaie unique», souligne encore l’analyste. De quoi limiter l’affaiblissement du franc, qui pourrait revenir autour des 1,06 et 1,07 pour un euro dans la deuxième partie de l’année et donner encore du travail sur les marchés à la BNS, conclut-il. Lundi après-midi, la monnaie suisse s’échangeait à 1,0935 franc contre un euro.