Le dernier rapport de l'ONU sur le climat a provoqué un véritable choc dans le monde entier. Dès lors, il ne se passe pratiquement plus un jour sans qu'un politicien propose une nouvelle mesure censée apporter une solution aux problèmes climatiques. Cette véritable lame de fond fait également réagir le secteur financier, qui propose une multitude de produits d'investissement misant sur la protection de l'environnement et du climat.

L'intérêt des investisseurs - qu'ils soient privés ou institutionnels - pour de tels produits est croissant. Une récente étude d'ABN Amro révèle que 62% des investisseurs privés interrogés sont disposés à opter pour des formes de placement écologiquement et socialement responsables. La banque néerlandaise prévoit pour les prochaines années des afflux de fonds considérables de la part des investisseurs privés. Jusqu'à présent, le marché a été dominé par des investisseurs institutionnels comme les fondations, les assurances, les fonds de pension.

Selon les données fournies par Eurosif - association européenne de référence pour l'investissement durable -, le montant des actifs sous gestion en Europe répondant à des critères écologiquement ou socialement responsables représentent plus de mille milliards d'euros. De nombreuses études ont démontré que de tels placements n'avaient rien à envier, en terme de performance, aux investissements «classiques». Ainsi, par exemple, la performance moyenne des meilleurs fonds de placement «écologiquement corrects» notés par Standard and Poor's s'élève à 70%. Et il n'est pas nécessaire d'être devin pour voir que les entreprises qui sauront relever les défis du changement climatique et développer des technologies respectueuses de l'environnement disposent de perspectives extraordinaires.

Que toujours plus d'investisseurs - privés ou institutionnels - soient prêts à investir dans de telles entreprises d'avenir apparaît comme une réponse encourageante à des pronostics pourtant souvent très sombres quant au devenir de notre planète. Une attitude pessimiste a toujours été - et reste - mauvaise conseillère en matière de défis à relever. Croire naïvement qu'il suffit de mettre un terme au développement des pays industrialisés ne constitue pas la solution au problème de la pénurie en ressources naturelles: la clé d'un usage plus modéré de ces dernières réside davantage dans le développement de nouvelles technologies moins gourmandes, faute de quoi, certains pays émergents, parmi lesquels la Chine et l'Inde, ne parviendront en aucun cas à couvrir leurs besoins en énergie et en matières premières.

Il est donc primordial que les entreprises qui développent des technologies innovantes dans ces domaines puissent disposer de suffisamment de capital. Car, plus encore que les grands groupes, ce sont surtout les petites et moyennes entreprises qui sortent des chemins battus pour proposer de nouvelles solutions. Les investisseurs qui misent sur de telles entreprises ne font pas qu'apporter leur contribution à la protection du climat. De plus, ils peuvent également compter sur de belles perspectives de rendement et arment du même coup leur portefeuille pour l'avenir.

Dans l'offre toujours plus vaste de solutions de placement portant sur la protection du climat et la préservation des ressources naturelles, il est vrai que l'investisseur a souvent beaucoup de mal à trier le bon grain de l'ivraie.

Trois critères décisifs devraient pourtant l'aider à s'orienter:

•En premier lieu, le concept d'investissement «tourné vers l'avenir» ne peut en aucun cas concerner des entreprises qui tirent l'essentiel de leurs profits des besoins croissants en matières premières ou de la hausse de la consommation d'énergie. Les investissements qui méritent cette appellation se tournent bien davantage vers des entreprises qui recherchent des solutions pour faire face à la pénurie des ressources. Un produit qui se dit tourné vers l'avenir se doit aussi de miser sur l'avenir.

•Deuxièmement, investir dans des secteurs d'avenir est incompatible avec une approche par trop figée. Il est en fait pour l'heure difficile de prévoir quelles sont les technologies et les entreprises qui seront à même de s'imposer: en effet, le succès ou l'échec sont par définition les deux faces d'une même médaille, s'agissant de technologies du futur. Ainsi, seuls les investissements à même de réagir de manière dynamique à l'avancée technologique et à la modification de la demande connaîtront un succès durable. C'est un avis que partage Jim O'Neill, chef économiste de Goldman Sachs, qui estime que le changement climatique occupera scientifiques, politiciens et acteurs des marchés financiers durant des décennies.

•Troisièmement, les investisseurs doivent veiller à diversifier largement leurs placements d'avenir, afin de couvrir, dans la mesure du possible, tous les grands défis écologiques du futur. Pour Erik Peterson, Senior Vice President du Washington Center for Strategic and International Studies (CSIS), l'un des «think tanks» les plus réputés des Etats-Unis, il s'agit des secteurs de la protection du climat, des énergies renouvelables, de l'eau potable et des nouveaux matériaux.

En plus d'être attentif aux trois critères susmentionnés, l'investisseur devra choisir la forme de ses placements d'avenir: fonds ou certificats. A ce sujet, on peut faire remarquer que ce n'est pas tant l'emballage qui compte que la qualité du contenu.