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L’embellie économique ne profitera pas aux républicains

Au pouvoir depuis janvier 2017, Donald Trump a pris de nombreuses mesures qui ont dopé la croissance. Mais l'économie américaine montre aussi de nombreuses faiblesses. Il n’est pas certain que les démocrates puissent s’en servir comme arguments de campagne pour reconquérir la Chambre des représentants

L’économie américaine respire la santé. Au deuxième trimestre, le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) s’élevait à 4,2% et, pour l’ensemble de l’année, il est attendu à 2,9%, selon le Fonds monétaire international (FMI). Le taux de chômage se situe à moins de 4%, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis la fin des années 1960. «Le président Trump a hérité d’une économie forte de l’administration Obama, décrypte Thomas Costerg, économiste chez Pictet Asset Management à Genève et spécialiste des Etats-Unis. D’autre part, ses propres mesures (baisse d’impôts, investissements et dérégulation) dopent la croissance.»

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«Autre preuve, s’il en faut, pour montrer la vitalité de l’économie américaine, celle-ci a regagné la semaine passée sa première place en matière de compétitivité, selon le Forum économique mondial», fait remarquer Thomas Costerg. Par ailleurs, la Réserve fédérale agit désormais pour éviter une surchauffe de l’économie en augmentant graduellement les taux d’intérêt.

Doutes sur le bilan économique

Pourtant, cette embellie n’est pas un argument fort des républicains dans le cadre des élections de mi-mandat du 6 novembre prochain. «Les bons chiffres ne cachent pas les vulnérabilités et les inquiétudes par rapport à l’avenir», souligne Ian Lesser, membre du German Marshall Fund, un influent centre d’analyses politiques et économiques basé à Bruxelles. Selon lui, le secteur immobilier qui se fragilise, la volatilité boursière et la perspective de la fin de l’actuel cycle de croissance soulèvent des doutes sur le bilan économique de l’administration Trump. Par ailleurs, le FMI vient de tirer la sonnette d’alarme à propos du gonflement de la dette américaine. Quant au déficit, il va grimper à plus de 4,5% du PIB cette année, le double de son niveau d’il y a trois ans.

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L’agence Bloomberg a récemment fait état d’un sondage selon lequel 61% des personnes interrogées affirment que l’administration Trump a défendu surtout les intérêts des grandes entreprises américaines. «Le président en est conscient, poursuit Thomas Costerg. Raison pour laquelle il vient de promettre une baisse d’impôts pour la classe moyenne.» En effet, il a même pris les dirigeants républicains de court en annonçant cette mesure lors d’un meeting électoral samedi dernier dans le Nevada. Les précisions seront données, a-t-il dit, une semaine avant le scrutin du 6 novembre.

«A présent, Donald Trump jouit d’une cote de popularité à hauteur de 43%, d’après l’institut de recherche RealClearPolitics, relève Thomas Costerg. Il a donc besoin de chercher des votes plus au centre, chez les indépendants et les indécis, pour pouvoir conserver sa majorité à la Chambre des représentants et au Sénat.»

Guerre commerciale

«Tous les électeurs américains n’approuvent pas la guerre commerciale dans laquelle Donald Trump a engagé les Etats-Unis contre la Chine, poursuit Ian Lesser. De nombreuses entreprises et des milliers d’employés en ressentent déjà les conséquences négatives et exprimeront leur mécontentement dans les urnes.» Mais pour Thomas Costerg, la politique commerciale belliqueuse du président ne profitera pas nécessairement au camp démocrate. «Il y a de moins en moins de dirigeants démocrates qui vont à l’encontre de la stratégie de Trump, affirme-t-il. Chuck Schumer, chef du groupe démocrate au Sénat depuis 2017, va même jusqu’à soutenir ouvertement la guerre contre la politique commerciale chinoise.»

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Pour l’économiste de la banque Pictet, le camp démocrate peine à capitaliser sur les incertitudes économiques. «Ce n’est pas gagné d’avance que les démocrates remportent la Chambre des représentants, comme prévu par des sondages, met-il en garde. Le taux de participation aux élections de mi-mandat est généralement faible. Aux dernières consultations, il était de 36%. Cette faible participation n’est pas en faveur des démocrates, qui se mobilisent moins.»


Trump met la coopération au service de l’économie

L’une des dernières mesures prises par l’administration Trump et qui vise à soutenir l’économie américaine est passée presque inaperçue. Il y a une semaine, le président a ratifié une loi qui permet de dédier une partie du budget de la coopération internationale pour aider les entreprises américaines à décrocher des contrats à l’étranger.

Ainsi, l’Agence américaine pour le développement international, dont le budget annuel monte à 22,7 milliards de dollars, sera désormais intégrée dans la toute nouvelle US International Development Finance Corporation, qui, au total, disposera d’un budget de 60 milliards de dollars par année. Cette manne servira notamment à financer ou garantir des prêts aux entreprises américaines qui veulent se déployer à l’étranger, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.

Comme la Chine

Le paradoxe est que Donald Trump, comme de nombreux dirigeants du Parti républicain, s’est toujours montré hostile à la coopération internationale. A ce propos, il n’a pas cessé de critiquer la Chine parce qu’elle utilise ses programmes de coopération pour gagner en influence géopolitique et pour rendre les Etats plus dépendants à son égard en finançant des projets d’envergure.

Selon le New York Times, l’intention de l’administration Trump est claire: elle souhaite que les entreprises américaines jouent un rôle plus agressif comme le font les Chinois dans le cadre de nouvelles Routes de la soie.

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