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Sergio Marchionne, le 2 décembre 2017 à Balocco, en Italie.
© Luca Bruno

Carnet noir

L’emblématique patron de Fiat Chrysler Sergio Marchionne n’est plus

Le ténor de l’industrie automobile italienne et ancien président de la société genevoise SGS avait dû passer la main ce week-end en raison d’une grave détérioration de son état de santé après une opération à Zurich. Il est décédé ce mercredi

Sergio Marchionne, l’emblématique patron de Fiat Chrysler (FCA) pendant 14 ans, est mort mercredi, plongeant l’Italie dans le deuil. L’Italo-Canadien, qui a dirigé auparavant plusieurs entreprises suisses, souffrait de complications inattendues, alors qu’il se remettait après une opération subie à Zurich.

«C’est avec la plus grande tristesse qu’Exor a appris le décès de Sergio Marchionne», à l’âge de 66 ans, a fait savoir Exor, la holding de la famille Agnelli, alors que FCA doit annoncer ce jour ses résultats trimestriels, revus à la baisse suite à l'annonce. «Malheureusement, ce que nous craignions est arrivé. Sergio Marchionne, l’homme et l’ami, est parti», a dit le directeur général d’Exor, John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli, la figure historique de Fiat, cité dans le communiqué.

«Je pense que le meilleur moyen d’honorer sa mémoire est de construire sur l’héritage qu’il nous a laissé, cultiver (ses) valeurs d’humanité, de responsabilité et d’ouverture morale», a ajouté John Elkann. «Ma famille et moi-même serons toujours reconnaissants de ce qu’il a fait, et nos pensées vont vers (sa compagne) Manuela et ses fils Alessio et Tyler», a-t-il poursuivi.

Lire aussi: Gravement malade, Sergio Marchionne cède sa place à la tête de Fiat et Ferrari

Sergio Marchionne était hospitalisé à Zurich, depuis une opération fin juin, officiellement à une épaule. Mais il a souffert de «complications inattendues» la semaine dernière et FCA avait annoncé samedi qu’il ne reviendrait pas aux commandes du constructeur italo-américain. Selon plusieurs médias italiens, un sarcome était à l'origine de l'opération. Celle-ci aurait dégénéré et il aurait été victime d’une embolie cérébrale.

Artisan du redressement de Fiat

Le manager aux éternels pulls ou polos noirs, qui avait pris les commandes de Fiat en 2004, prévoyait de passer les rênes de FCA dans le courant de l’année 2019. En 14 ans, il a profondément remodelé le groupe, d’abord en redressant Fiat, puis en l’alliant en 2014 à l’américain Chrysler, tout en détachant d’une part les activités gros engins/camions en 2011 pour créer CHN Industrial et d’autre part le joyau Ferrari en janvier 2016.

A l’annonce de son décès, les députés italiens ont observé une minute de silence, qui s’est terminée par des applaudissements. «Merci pour le travail, la fatigue, les résultats. C’est l’orgueil italien porté dans le monde», a twitté l’ancien président du Conseil italien, Paolo Gentiloni (centre gauche).

«Honneur à un homme qui a fait tellement et aurait encore pu faire énormément», a déclaré pour sa part le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini (extrême-droite). Sauveur de Fiat, Sergio Marchionne a reçu ces derniers jours les hommages des médias et d’une grande partie de la classe politique transalpins, même si son franc-parler et sa culture anglo-saxonne ont souvent fait grincer des dents dans la péninsule

«Marchionne a été un grand protagoniste de la vie économique des 15 dernières années (...). Il a réussi à donner un avenir à Fiat quand cela semblait impossible (...). Chapeau», avait salué samedi l’ancien chef du gouvernement Matteo Renzi (centre gauche). «Que la terre lui soit légère», a-t-il écrit mercredi.

Belle carrière en Suisse

Silvio Berlusconi avait lui souligné que son histoire était «une belle histoire italienne, celle du fils d’un carabinier (...) obligé d’émigrer, qui a su faire honneur à son pays par les études et le travail jusqu’à devenir l’un des symboles du génie italien dans le monde». «C’est une terrible nouvelle», avait réagi le syndicaliste Marco Bentivoglio, secrétaire général de la branche métallurgie du CISL.

Samedi, le groupe a dû trouver en urgence des successeurs à Sergio Marchionne. Le patron de Jeep, Mike Manley, a pris la tête de FCA, et celui de Philip Morris, Louis Carey Camilleri, celle de Ferrari, tandis que la présidence de CNH Industrial est désormais assurée par la Britannique Suzanne Wood.

Hospitalisé dans la ville des bords de la Limmat, Sergio Marchionne a conservé des liens forts avec la Suisse, y accomplissant une bonne partie de sa carrière professionnelle. Avant sa nomination en tant qu’administrateur délégué de Fiat, il a notamment redressé le groupe genevois d’inspection et de certification SGS, en tant que directeur général entre 2002 et 2004. Sergio Marchionne en a ensuite repris la présidence.

Après avoir étudié la physique, l’économie politique et la philosophie, Sergio Marchionne a obtenu une licence en droit, puis a décroché en 1987 son brevet d’avocat au Canada où il a émigré avec ses parents. Double national Italien et Canadien, il rejoint en 1994 le producteur d’aluminium Alusuisse et prend deux ans plus tard la tête d’Alusuisse-Lonza (Algroup) racheté en 2000 par le canadien Alcan.

Sergio Marchionne continue ensuite à diriger les activités chimiques de Lonza, détachées du reste du groupe, avant de rejoindre la société SGS, basée à Genève. Il avait intégré le conseil d’administration d’UBS en 2007, occupant la vice-présidence de l’organe de surveillance du numéro un bancaire helvétique qu’il a quitté en 2010.

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