Que cherche à acheter le groupe Comcast en termes de contenu? Un empire Disney, leader intact de l'animation et de l'entertainment mondiaux? Pas du tout. Jeffrey Katzenberg, qui avait sauvé le département d'animation classique dont il était responsable en produisant Le Roi Lion, a claqué la porte en 1994. Depuis, le patron du groupe, Michael Eisner, n'a suivi que deux stratégies: recycler les anciens succès en dessins animés destinés à la vidéo (les direct-on-video) ou en suites à petit budget (Peter Pan 2, etc.).

Surtout, Michael Eisner a démantelé les studios de création, en particulier celui, mythique, basé à Orlando. La fermeture de ce dernier, avec près de 500 artistes licenciés, fut l'un des principaux motifs du départ, fin novembre, de Roy Disney, le neveu. Depuis, ce dernier mène une guerre contre le directeur général du groupe, l'accusant également de laisser les parcs d'attraction stagner faute d'investissements. Par ailleurs, le groupe cherche à céder ses magasins.

L'autre domaine miné que convoite Comcast concerne l'animation en images de synthèse. Le dernier film produit, Le Monde de Nemo créé par la société Pixar, est en train de pulvériser les records. Mais Pixar a décidé de se passer de Disney, qui lui sous-traitait la distribution et le marketing, dès le début de 2006 (LT des 31.1 et 3.2.2004). Disney conservera les droits des films que Pixar a créé sous son toit et déjà, exactement comme dans l'après Katzenberg, Eisner lance la production de séquelles: Toy Story 3 est en préparation.

La production, par la compagnie, de films avec acteurs en chair et en os a connu une année 2003 de tous les records. Grâce aux Pirates des Caraïbes et un autre concept de resucée: le film basé sur une des attractions des parcs Disney! Succès public et critique, Pirates des Caraïbes restera l'exception: le nouveau titre de ce genre nouveau, adaptation du Manoir hanté avec Eddie Murphy, éclairera très prochainement les cinémas romands de son indigence.

Etonnamment, le groupe Disney possède, dans son catalogue, des œuvres d'importance comme le dernier Paul Schrader (Autofocus), mais leur originalité grippe les rouages du marketing. Dénuées de toute cinéphilie, ses filiales, jusqu'en Suisse, les enferment souvent dans un tiroir ou les sortent à la sauvette pour se concentrer sur des produits plus faciles à «vendre» comme Peter Pan 2. L'esprit de Michael Eisner, dont la sensibilité artistique est inversement proportionnelle au souci des affaires, dépasse donc largement son seul bureau.

Si le groupe Comcast atteint son but, il sera donc le leader mondial des médias. Pour ne diffuser que le réchauffé d'une inventivité qui n'a plus pignon dans les couloirs de Disney?