Carrières

L’emploi bancaire face à la disruption

Une étude a élaboré quatre scénarios pour l’avenir de la place financière en évaluant l’impact sur les places de travail, qui risque d’être bien plus important que la fin du secret bancaire. Les métiers de la finance vont devenir plus techniques

Le cursus du banquier traditionnel a vécu, c’est la conclusion d’une étude publiée la semaine dernière par la Haute Ecole des sciences appliquées de Winterthour (ZHAW). Surtout, pour la place financière, les transformations amenées par la technologie risquent d’avoir un impact bien plus fort que la fin du secret bancaire, estime Anita Sigg, la responsable des études de la ZHAW.

Cette dernière, mandatée par l’Association des banques zurichoises, désireuse que la place financière suisse reste pourvoyeuse d’emplois, a élaboré quatre scénarios pour décrire le visage du secteur et de ses professions en 2030.

En 2016, selon le baromètre publié par l’Association suisse des banquiers (ASB) en septembre, le secteur bancaire employait 101 382 personnes, soit 1,6% de moins que l’année précédente et 6% de moins qu’en 2008. En élargissant à l’ensemble de la finance en Suisse, le nombre d’emplois atteignait presque 150 000 l’an dernier. Or, en fonction du scénario qui se révélerait le plus proche de la réalité, ce chiffre pourrait s’effondrer.

50% d’emplois en moins?

Dans le premier cas, le plus «disruptif», impliquant un comportement «complètement numérisé des clients», le nombre de places de travail pourrait être divisé par deux car les acteurs suisses de la finance ne parviendraient pas à adapter leur modèle d’affaires. Dans le deuxième scénario – «innovant» –, le comportement des clients est identique, mais ils se montrent capables de s’adapter, le nombre d’emplois restant plus stable (baisse de 5%). Ce chiffre diminue cependant dans les banques, mais augmente largement dans les fintechs.

Les deux derniers scénarios – «passif» et «prudent» – envisagent un développement hybride, où les clients ne se mettent pas complètement aux services en ligne. Dans un des cas, c’est seulement à partir de 2030 que le secteur ressent la pression à l’innovation, parce qu’une nouvelle génération exige des services numérisés et les banques ne se montrent pas à la hauteur. Elles perdent 15% des emplois, mais le pire est peut-être à venir. Dans le second, la confiance étant clé, les acteurs sont capables de développer des systèmes sécurisés qui protègent efficacement les données des clients. C’est le seul scénario dans lequel l’emploi augmente légèrement (entre 0 et 5%), essentiellement dans les fintechs.

Stratégies hybrides

Pour Anita Sigg, difficile de dire quel scénario est le plus probable, car il dépend du comportement que les clients adopteront à l’avenir: «Aujourd’hui, les gens semblent très ouverts quand il s’agit de leurs données, surtout les jeunes générations. Mais dans le domaine de la finance, ils vont peut-être se montrer plus désireux d’avoir davantage de protections.»

Une raison, donc, de garder toutes les options ouvertes quant au modèle d’affaires à choisir. Miser sur le statu quo, c’est-à-dire «imaginer que les clients auront toujours besoin de conseillers qu’ils rencontrent dans des agences est dangereux», prévient la spécialiste. Elle recommande donc des «stratégies hybrides», d’autant plus que «tout peut changer extrêmement rapidement». Elle prend l’exemple des banques tournées vers le marché intérieur: «Pour l’instant, les clients suisses ne montrent pas d’intérêt marqué pour des services entièrement numérisés, contrairement à l’Asie ou à l’Europe du Nord. Mais s’ils changent d’avis, ils risquent de se tourner vers des banques étrangères dont les services en ligne seront déjà prêts.»

Métiers plus techniques

Quelle que soit la voie que prendra la place financière, une chose reste valable: «Les métiers de la banque dans leur ensemble vont devenir plus techniques, quel que soit le scénario considéré», a avancé Thomas Ulrich, de l’Association zurichoise des banques. C’est dans le conseil et l’encadrement de la clientèle que les changements risquent d’être les plus radicaux, selon l’étude, qui recommande «une plus grande ouverture au changement et à l’apprentissage» de la part des employés.

Les banques, elles, «devront présenter un visage de plus en plus attrayant pour les futurs collaborateurs». Ce seront moins les perspectives d’évolution et la rémunération qui feront la différence que «de nouveaux avantages tels que les marges d’initiative et d’évolution, les modalités de travail et des possibilités de carrière dans l’ensemble de l’activité bancaire», prédit l’étude. Elle recommande aussi aux établissements de formation d’adapter leur programme à la numérisation en cours. Comme d’autres secteurs l’ont fait avant, l’industrie notamment.


Des salaires jusqu’à 260 000 francs

Pour l’heure, il existe des segments de l’emploi bancaire qui se portent bien. Entre octobre 2016 et octobre 2017, l’augmentation des emplois dans l’IT bancaire s’est maintenue sur un rythme de 32%. Ce chiffre représente la plus forte progression de l’ensemble des professions. Les raisons de cette expansion sont de trois ordres.

Premier facteur: les programmes de réduction des coûts, qui sont combinés avec la numérisation et la rationalisation des opérations. Ce gisement de travail à assurer est largement sous-traité par des entreprises spécialisées dans l’optimisation des processus (BPO). Mais les institutions financières affichent également une forte demande de recrutements internes, en particulier pour des profils pouvant assurer un lien entre elles et leurs sous-traitants. Une chose est sûre: des budgets sont disponibles.

Evolutions réglementaires

Les évolutions réglementaires constituent le deuxième vecteur expliquant la forte progression des offres d’emploi dans l’informatique bancaire. Les Etats-Unis et l’Europe ont redéfini le paysage juridique, principalement avec le Fatca et la directive MiFID II, respectivement. Les enjeux sont de taille: les acteurs de la finance risquent de perdre leur licence ou d’endommager leur réputation s’ils n’assurent pas une conformité sans faille à ces nouvelles lois.

Enfin, la demande des clients pousse aussi aux recrutements. Aussi bien dans la gestion d’actifs que dans la banque de détail, la clientèle veut pouvoir accéder à ses comptes et à un résumé de ses positions depuis n’importe quel appareil portable. Et n’importe quand.

Au niveau des salaires, peu de rémunérations dépassent actuellement le seuil de 250 000 francs par an dans l’informatique bancaire, selon le dernier Michael Page Swiss Job Index. Les postes les mieux payés sont ceux de «Chief Information Officer» (CIO), entre 180 000 et 260 000 francs selon l’expérience, de responsable de l’informatique (160 000 à 220 000 francs) et de responsable de la sécurité de l’information («Chief Information Security Officer», ou CISO), qui émerge entre 150 000 et 200 000 francs. A l’opposé, la demande pour des postes de support ou dans les infrastructures est en baisse. Il s’agit du seul segment dans ce cas au sein de la galaxie IT. 

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