■ Economiser l’énergie pour affronter l’hiver 2023-24

Il faut continuer à économiser son énergie, indique la SonntagsZeitung, quand bien même les indicateurs virent au vert pour cet hiver. La Suisse ne devrait finalement pas ces prochains mois faire face à une pénurie de gaz ou d’électricité, car les nouvelles du front s’améliorent. Les niveaux de stockage du gaz en Europe sont remplis (ils représentent 15% de la consommation continentale par an) et ceux des bassins d’accumulation d’eau en Suisse se sont élevés avec les pluies des dernières semaines.

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S’il faut toujours économiser de l’énergie, selon la Confédération, c’est désormais parce qu’il faut se préparer pour l’hiver 2023-2024, qui s’annonce compliqué, surtout pour la Suisse qui ne dispose d’aucune capacité de stockage de gaz sur son territoire. Il a été largement possible de remplir les réserves de gaz en Europe ces six derniers mois parce que la demande chinoise, énorme en temps normal, s’est réduite en peau de chagrin avec les restrictions générées par sa politique «zéro Covid». Mais l’an prochain, tout indique que l’Empire du milieu aura à nouveau soif de gaz; or l’offre en la matière est limitée.

En 2021, la Russie a livré 140 milliards de mètres cubes de gaz, un chiffre qui baissera à 60 milliards cette année et, si on continue au rythme actuel, à 25 milliards en 2023, relevait cette semaine dans Le Temps Anne-Sophie Corbeau, une chercheuse du Centre de politique de l’énergie de l’Université de Columbia. «Or dans le monde, il n’y a pas de quoi remplacer 115 milliards», dit-elle.

De l’uranium russe en route pour Beznau?

Un bateau de toutes les controverses est attendu ce dimanche à Rotterdam, écrivent des journaux de Tamedia. Le «Mikhail Dudin», parti de Saint-Pétersbourg, transporte de l’uranium enrichi qui pourrait provenir de Russie, s’indignent des organisations environnementales. Le métal essentiel aux centrales nucléaires doit ensuite être acheminé vers l’usine de fabrication d’éléments combustibles de la ville allemande de Lingen, en Basse-Saxe, puis vers la Suisse.

Les activistes n’ont pas la preuve que de l’uranium russe est destiné à la Suisse, mais Axpo, l’actionnaire principal des centrales atomiques de Beznau et de Leibstadt, dit ne pas pouvoir l’exclure. D’autant plus que les autorités allemandes ont donné cet été leur feu vert pour des livraisons d’uranium en Suisse.

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L’uranium russe n’est pas sous sanction mais des groupes électriques, comme Axpo, ont annoncé qu’ils ne concluraient pas de nouveaux contrats avec des fournisseurs et des sous-traitants russes. Ces dernières années, la moitié de l’uranium utilisé à Leibstadt, la centrale qui possède le réacteur le plus puissant de Suisse, est venue de Russie. L’uranium des deux réacteurs de Beznau est venu de Russie tandis que celui de Gösgen, le quatrième et dernier réacteur nucléaire suisse en opération, a carburé avec des éléments combustibles venant d’Australie et du Canada.

Mazout en hausse, fromage en hausse

Crise énergétique oblige, le vacherin Mont-d’Or, fleuron des tables vaudoises, se vendra désormais plus cher. Ses producteurs ont décidé de porter le prix au kilo de 26 à 27 francs, rapporte Le Matin Dimanche. «Cette mesure n’a pas été facile à prendre, car le vacherin est déjà considéré comme un produit de luxe et le contexte actuel incite plutôt à la prudence. Mais nous n’avions pas le choix», rapporte Pascal Monneron, gérant de l’Interprofession, dans le titre dominical.

Suivez la consommation électrique suisse en temps réel

La branche est frappée de plein fouet par la hausse des prix des carburants, avec l’impossibilité technique de trouver des alternatives comme une pompe à chaleur ou des panneaux solaires. «Nos factures augmentent de l’ordre de 40%, car il faut comprendre que le mazout est l’énergie des fromageries, commente Pascal Monneron. Afin de garantir la qualité, il est indispensable d’atteindre rapidement une température de 90 degrés et seul le pétrole – ou le gaz – permet de respecter ces pics indispensables.»

«Aujourd’hui j’peux pas, j’ai transition!»

Tel était le thème de la journée dédiée à la transition écologique samedi à l’Université de Neuchâtel, rapporte Arcinfo. Le fondateur de la société WattEd, Cédric Junillon, y a présenté ses quatre piliers d’action vers une consommation plus verte: l’efficacité, la sobriété, l’innovation et la production à bas carbone.

«Une voiture thermique perd 80% d’énergie lorsqu’elle roule. Pour un véhicule électrique, ce pourcentage tombe à 15%», a rappelé Cédric Junillon. Selon le conférencier, la crise énergétique a eu un impact positif sur l’efficacité de nos moyens énergétiques. Il cite en exemple l’installation accélérée de pompes à chaleur dans les maisons. «C’est un dispositif très performant, qui, pour un kilowattheure d’électricité consommée, en libère l’équivalent de trois en termes de chaleur.»

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Moins consommer? «En France, il existe un débat pour abaisser la vitesse sur autoroute de 130 à 110 km/h, cela permet d’économiser jusqu’à 20% d’énergie sur un même trajet», signale le patron de WattEd. «En France, un plan national de déploiement de compteurs intelligents offre d’énormes possibilités de pilotage de la demande, permettant par exemple de maximiser la consommation durant les pics de production solaires ou éoliens», souligne-t-il aussi.

Face à la crise énergétique, investir davantage

Dans les années 1960, près de 4% du PIB suisse était investi dans l’électricité, une part qui n’a pas dépassé le demi-point de pourcentage ces dernières années, a relevé le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD) jeudi lors d’un forum énergétique dans le canton de Vaud. Investir davantage? C’est aussi le sujet d’une chronique du Matin Dimanche, alors qu’en Allemagne et au Royaume-Uni, on envisage d’augmenter les impôts des plus riches pour financer les coûts de la crise énergétique. Un exercice périlleux dans un contexte d’inflation généralisée.

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«Les pays dits riches sont donc confrontés à une double obligation: atténuer les coûts domestiques de l’inflation et déclencher une vague vertueuse d’investissements dans la transition écologique. Le pari n’a rien de sot», relève Pierre Veya, chef de la rubrique économie du journal dominical. «Selon la société norvégienne DNV, spécialisée dans la gestion des risques, les investissements consentis aujourd’hui permettront de réduire les coûts liés à l’énergie à 2,1% du PIB en 2050, alors qu’ils s’élèvent aujourd’hui à 3,4%. En clair, il faut investir aujourd’hui pour dépenser moins demain», écrit-il.

Le Mozambique lance sa première exportation de GNL

Le Mozambique, pays d’Afrique australe, a commencé à exporter du gaz naturel liquéfié (GNL), a annoncé dimanche son président Filipe Nyusi. «C’est avec grand honneur que j’annonce le début de la première exportation de gaz naturel liquéfié», a-t-il déclaré. La première cargaison de gaz a été produite à l’usine offshore Coral Sul, gérée par le groupe italien Eni.

Après l’invasion de l’Ukraine, la Russie a considérablement baissé ses livraisons de gaz à l’Europe. De nombreux Etats sont en concurrence pour avoir accès au GNL. Ce gaz est beaucoup plus cher à importer que celui qui arrivait via les gazoducs entre la Russie et l’Europe.

Le Mozambique place de grands espoirs dans des gisements de gaz, les plus importants jamais découverts au sud du Sahara, trouvés dans le nord de la province de Cabo Delgado en 2010. Une fois exploités, ils pourraient faire du Mozambique l’un des dix plus grands exportateurs du monde. Mais la province pauvre du Cabo Delgado est en proie à des nombreuses attaques jihadistes. Une attaque en 2021 dans la ville côtière de Palma avait contraint le géant français TotalEnergies à suspendre un projet gazier.