L'énergie éolienne a du vent dans les pales à travers le monde. Alors que l'Allemagne continue à dominer le marché, la capacité mondiale de production électrique par le vent devrait être multipliée par sept dans les dix ans à venir, selon les estimations des industries de la branche, passant de 94000 mégawatts aujourd'hui à plus de 718000 mégawatts en 2017. Ainsi, le volume annuel de nouvelles installations devrait quintupler, passant de 20000 à 107000 mégawatts. Soit l'équivalent - en puissance installée - d'une centrale nucléaire de type Gösgen de plus chaque année.

Ces perspectives d'une expansion fulgurante de l'énergie éolienne résultent de la quatrième étude «Wind Energy» menée par l'Institut allemand d'énergie éolienne (DEWI) auprès des industriels de la branche à travers le monde. «Nous parlons pour 2017 d'un chiffre d'affaires de plus de 100 milliards d'euros», a précisé Thorsten Herdan, directeur de l'association de producteurs VDMA-Power Systems, en commentant le rapport devant la presse à Berlin.

La Chine aussi dans la course

L'augmentation des prix de l'énergie, la diminution des réserves de pétrole, les préoccupations environnementales expliquent cet engouement mondial pour le vent. Même la Chine s'y met, qui disposait en 2007 d'une capacité installée de quelque 6 gigawatts, et qui envisage de devenir le premier producteur mondial d'électricité éolienne. C'est d'ailleurs sur ce marché, mais aussi aux Etats-Unis, en Espagne, en Inde et en Allemagne que devraient être installées 78% des nouvelles capacités de production ces prochaines années.

Pour l'industrie allemande spécialisée, qui exporte 80% de sa production et détient un tiers du marché mondial, c'est une aubaine. Le secteur emploie en effet plus de 80000 spécialistes et l'Allemagne domine cette technologie. L'électricité éolienne couvre actuellement 7% de la consommation électrique nationale. C'est le résultat d'une politique de longue haleine menée par les différents gouvernements. Les quelque 20000 mats répartis sur le territoire allemand ne sont pas subventionnés, mais un prix d'environ 8 centimes d'euros par kilowatt/heure, dégressif en fonction des années d'exploitation, est assuré aux producteurs. Ce qui est d'environ 2 centimes supérieurs aux prix de la bourse de Leipzig. Comme, sur vingt ans, on considère que le coût de production, comparable désormais à d'autres énergies, varie entre 4,5 et 6,4 centimes, selon l'exposition des sites aux vents, l'investissement est intéressant. Mais l'inflation, les coûts des matières premières et l'incertitude sur la nouvelle législation allemande à propos de laquelle se déchire la grande coalition ont freiné les investissements ces dernières années.

Relever le prix garanti

Pour atteindre l'objectif de 30% d'électricité d'origine éolienne en 2030, le ministre de l'Environnement Sigmar Gabriel propose de relever de 1,2 centime le prix garanti aux producteurs. Les surfaces terrestres consacrées aux mâts ne devraient plus beaucoup s'étendre, car on passe désormais au renouvellement des rotors, dont la puissance passe à plus de 5 mégawatts et devrait atteindre même 10 mégawatts dès 2012. Après la Grande-Bretagne et le Danemark, l'Allemagne envisage d'investir, dès cette année, en haute mer, où l'efficience est jusqu'à 50% supérieure à la terre ferme. Avec des pales qui un jour, selon les experts, atteindront 90 mètres d'envergure.