La dernière fierté de Carsten Schloter? Son téléphone vert M-Budget, avec comme sonnerie le jingle de Migros, qu'il exhibe partout avec lui - bien sûr, il possède aussi un portable high-tech. C'est un jeune directeur plutôt décontracté qui pilote depuis vendredi Swisscom. Responsable de la division Mobile, cet Allemand de 43 ans remplace avec effet immédiat Jens Alder, démissionnaire. Six ans après son accession à ce poste, ce dernier quitte ainsi une société qu'il ne peut diriger selon ses plans - le 21 décembre dernier, le Conseil fédéral lui a clairement imposé une stratégie d'expansion très limitée à l'étranger.

Carsten Schloter sera-t-il l'homme de la situation? Trois arguments plaident en sa faveur. D'abord, il connaît très bien Swisscom - il dirige sa division Mobile depuis début 2000 - et son dynamisme n'en a pas souffert. Adepte du franc-parler, pratiquant parfois l'autocritique, Carsten Schloter est depuis longtemps l'homme de la direction le plus en vue. Il connaît très bien ses produits - pour l'anecdote, il n'hésite pas à dépanner lui-même lorsqu'il constate un bug sur l'un de ses logiciels.

Second point fort de Carsten Schloter, son bilan. En 2000, Swisscom possédait 72% du marché de la téléphonie mobile. Aujourd'hui, il en détient encore 63,4%. C'est lui qui a déclenché en 2005 la guerre des prix avec l'offre à 50 ct./l'heure. Lui qui a contacté la Migros pour les offres à succès M-Budget mobile. C'est aussi son équipe qui a inventé un logiciel pour surfer facilement via les différents réseaux mobiles.

Face aux défis que doit relever Swisscom, Carsten Schloter possède un troisième atout: sa connaissance de la fusion entre les technologies. Il a mené à bien l'intégration du contenu de Vodafone dans son portail mobile, puis l'intégration de la télévision. Des expériences utiles alors que le défi majeur de Swisscom cette année sera le lancement de la télévision via ADSL, puis plus tard de la vidéo à la demande. Très attendu sur ces marchés, l'opérateur - en retard d'un an sur ses plans - ne peut se permettre la moindre imperfection face à Cablecom. Le câblo-opérateur, qui vient de s'allier avec Sunrise pour la téléphonie mobile, améliore sans cesse son offre télévisuelle.

A l'écoute des consommateurs, Carsten Schloter pourra faire valoir son expérience dans le rachat de contenu à l'étranger. L'opérateur devra certainement poursuivre ses acquisitions de programmes, voire même de sociétés spécialisées - le Conseil fédéral l'y autorise. Bonne nouvelle pour Carsten Schloter, l'arrivée au sein du conseil d'administration de Swisscom de Catherine Mühlemann, directrice de MTV Central & Emerging Markets. Elle pourra certainement faire part de son expertise dans la télévision de divertissement pour le futur service TV de Swisscom.

En plus de l'offre combinée Internet-téléphonie-télévision (triple play), Swisscom a annoncé vendredi qu'il allait aussi se concentrer sur les clients commerciaux, nationaux et internationaux. A la tête de la division Mobile, Carsten Schloter avait déjà l'habitude de batailler contre Sunrise et Orange, où les clients business bénéficient de tarifs entre 5 et 10 ct. la minute. Son expérience sera là aussi utile, car des concurrents tel T-Systems, appartenant à Deutsche Telekom, se montrent très agressifs sur le marché des entreprises.

Du côté de l'emploi, Carsten Schloter appliquera certainement la même politique que son prédécesseur, en continuant de supprimer plusieurs centaines de postes par an. Hier, le Syndicat de la communication a salué le respect de ses engagements par Jens Alder. Celui-ci touchera une indemnité de départ de 1,54 million de francs. Quel avenir pour la privatisation de Swisscom?