L'industrie des hedge funds ressort largement indemne de l'ouragan financier déclenché par la crise du crédit. Il y a certes eu de grosses casses, à l'image des liquidations très médiatiques de Carlyle Capital Corporation ou de Peloton Partners. Mais ces cas sont jusqu'ici restés rares comparéaux affres traversées par les grands établissements bancaires, UBS et Citigroup en tête. L'effet boule de neige prophétisé par de nombreux experts n'a donc pas eu lieu. L'énorme majorité des gestionnaires alternatifs ont pu gérer leur endettement, pour autant d'ailleurs qu'ils aient eu recours au levier.

Au niveau agrégé, après avoir été chahutés en début d'année, les hedge funds présentent une performance positive de 0,57% pour avril, selon l'indice Credit Suisse/Tremont Hedge Fund Index. Depuis le début de l'année, la baisse n'est ainsi plus que de 1,45%, alors que dans le même temps, la bourse suisse perdait par exemple près de 19%. Les indices de la société Hedge Fund Research ou de Hennessee Group montrent quant à eux la même résistance.

Eviter de tout amalgamer

«On met souvent tous les hedge funds dans un même panier. Tous ne sont pas endettés («leveraged») à de hauts niveaux et tous ne pratiquent pas la même stratégie», note Bertrand Bricheux, chef du marketing et du développement de produits chez UBP Alternative Investments à Genève. «Et parmi les fonds qui ont du levier, certains ont des conditions de financement qui leur permettent de ne pas devoir vendre quand les marchés plongent», ajoute-t-il. S'il s'attend à ce que d'autres véhicules alternatifs connaissent des difficultés ces prochains mois, cela ne remet pas en cause le secteur dans son ensemble, «même s'il est souvent diabolisé».

«A la différence de ce qui se passe dans les banques, les managers de hedge funds engagent une large part de leur argent dans leur affaire. La plupart de ces fonds sont donc très bien gérés, car celui qui investit sait ce qu'il achète», ajoute Michel Legler, directeur de DFL Financial Services à Lugano, une société active notamment dans l'alternatif. Il note que si le levier des hedge funds est souvent dénoncé, celui des banques est tout aussi grand. Certaines ont investi jusqu'à 80 fois leurs fonds propres, «dans des produits [adossés à des hypothèques à risque] dont ils ne comprenaient pas le fonctionnement. [...] L'activité des hedge funds est beaucoup mieux délimitée».

Cela n'empêche pas certains fonds alternatifs d'avoir trop emprunté. «A ce titre, le vent de panique qui a soufflé en mars a été positif, il a obligé la branche à réduire son exposition», conclut Michel Legler.