Payer avec son smartphone à une caisse de magasin ou en ligne commence à se démocratiser – et les appels à moins utiliser le cash durant la pandémie ont accéléré cette tendance. Mais l’acte demeure marginal en Suisse, le paiement sans contact s’effectuant avant tout via des cartes de crédit ou de débit. Si régler des achats via son mobile est encore rare, c’est bien sûr à cause d’habitudes qui prennent du temps à changer. Mais c’est aussi dû à des limitations techniques, qui touchent en particulier l’application suisse Twint. Mais les choses pourraient changer.

En effet, la Commission européenne a annoncé la semaine passée l’ouverture de deux enquêtes contre Apple. La première porte sur les conditions imposées aux développeurs pour son magasin d’applications. La deuxième concerne les paiements sur téléphone. Ainsi, l’exécutif européen s’intéresse aux modalités, conditions et autres mesures imposées par Apple pour l’intégration de son service de paiement Apple Pay dans les applications commerciales et les sites web commerciaux sur les iPhone et les iPad. Parmi ces conditions imposées par la multinationale américaine, une concerne de près les Suisses: il s’agit des restrictions imposées autour de son antenne NFC (Near Field Communication).

Se passer de Bluetooth

Pour utiliser le service Apple Pay près d’un terminal de paiement, il suffit d’en approcher son iPhone à moins de dix centimètres. Grâce au NFC, la communication et la transaction s’effectuent de manière rapide et efficace, sans que le client ait rien à faire. Et surtout sans que l’utilisateur ait à utiliser une autre technologie sans fil, Bluetooth. Par contre, une personne qui emploie la solution suisse de paiement Twint devra obligatoirement penser à activer Bluetooth. Tout simplement parce qu’Apple refuse à tout autre service de paiement que le sien d’utiliser NFC. Pour des raisons de sécurité, affirme la société américaine. Peut-être pour entraver la concurrence en empêchant d’autres services de paiement d’y avoir accès, estime la Commission européenne.

Cette enquête vient appuyer celle en cours lancée en Suisse par la Commission de la concurrence. Twint demande l’accès au NFC sur iPhone, un accès que le service helvétique a déjà sur le système Android de Google, qui représente environ la moitié du marché des smartphones dans le pays. Twint, qui compte 2,5 millions d’utilisateurs, pourrait voir son adoption augmenter via le NFC.

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Une autre bataille

N’oublions pas que derrière ce bras de fer se cache un autre combat entre Twint et NFC. Car la solution suisse, soutenue par les principales banques du pays, possède de son côté un avantage de taille par rapport à son concurrent américain: sa disponibilité pour quasiment tous les clients des établissements financiers du pays. Ce n’est de loin pas le cas pour Apple Pay, car les banques suisses rechignent à proposer des solutions étrangères. Les raisons n’ont jamais été exprimées clairement, mais il semblerait que les commissions exigées par Apple soient jugées disproportionnées par des banques. Et celles-ci seraient aussi tentées de protéger leur solution Twint – la Commission de la concurrence a d’ailleurs aussi ouvert une enquête à ce sujet.

Reste que malgré ces freins, les solutions étrangères progressent lentement en Suisse. Fin 2019, l’un des principaux émetteurs de cartes helvétique, Aduno, annonçait la mise à disposition d’Apple Pay à ses clients utilisant des cartes Viseca. Non seulement avec des cartes de crédit, mais aussi avec des cartes de débit. Viseca collabore aussi avec Samsung Pay. En avril de l’année passée, Credit Suisse avait annoncé le lancement de sa solution de paiement avec Apple Pay, trois jours après avoir communiqué un partenariat avec Samsung Pay.

UBS s’ouvre aussi

Début mai de cette année, c’était au tour d’UBS, autre important émetteur de cartes de crédit en Suisse, d’annoncer un accord tant avec Samsung qu’avec Google pour proposer leurs solutions. Par contre, la banque ne propose toujours pas Apple Pay à ses clients. Une situation qui pourrait évoluer ces prochains mois en fonction des négociations qui se tiennent sans doute actuellement avec la multinationale américaine.

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