La CNMV, gendarme des Bourses espagnoles, va classer demain une affaire de délit d'initié touchant Juan Villalonga, patron démissionnaire de l'opérateur espagnol Telefonica. Plusieurs journaux espagnols, dont El Mundo, révèlent cette information. Ce quotidien espagnol dont le directeur, Pedro J. Ramirez, est un proche du président du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, a contribué par ses révélations à faire mordre la poussière à Juan Villalonga, mascotte des milieux économiques ibériques (lire Le Temps du 27 juillet). Ce journal se montre critique sur la décision de la CNMV, relevant que tous les témoins du cas n'ont pas été interrogés. La nouvelle direction de Telefonica veut-elle amadouer le quotidien du bouillant Pedro J. Ramirez? Il est des signes qui ne trompent pas: l'une des premières décisions prises par Cesar Alierta, le successeur de Juan Villalonga, a précisément consisté à replacer de la publicité dans les pages de El Mundo.

Le journal avait notamment révélé, le 16 juin dernier, que Juan Villalonga avait acheté le 2 janvier 1998 un total de 264 224 options sur des actions de sa compagnie, alors qu'il menait secrètement des négociations pour une alliance avec l'américain MCI-WorldCom, projet ayant finalement échoué. Le 29 juin, Pedro J. Ramirez écrit dans son quotidien que Telefonica a supprimé sa publicité dans le journal, risquant de lui faire perdre 100 millions de pesetas (environ un million de francs). Une campagne de presse s'ensuit, au cours de laquelle El Mundo dénonce «le népotisme» et «la vénalité» avec lesquels a été administrée Telefonica sous l'ère Villalonga. Durant le seul mois de juillet, le journal publie une soixantaine d'articles sur l'opérateur et son deus ex machina. Le journal madrilène n'hésite pas à aborder même la sphère privée de Villalonga, évoquant ses frasques avec Adriana Abascal, une reine de beauté mexicaine.

Usage d'influence

L'ire de Pedro J. Ramirez s'explique pour une autre raison: l'entrepreneur madrilène n'a pas pardonné à Juan Villalonga son intention de s'allier avec le journal concurrent, El Pais, pour se développer dans les médias électroniques. En ayant obtenu la démission de Juan Villalonga, Pedro J. Ramirez renoue avec un rôle qu'il adore: influencer la vie politico-économique du pays. Selon une récente enquête menée auprès d'un millier de cadres dirigeants, le directeur de presse est considéré comme la huitième personnalité la plus influente d'Espagne. José Maria Aznar se situe au premier rang de ce palmarès et Juan Villalonga au

sixième.