La première cotation de la Bourse allemande, Deutsche Börse, a surpris les observateurs du marché. Le prix de l'émission, influencé par la forte demande des investisseurs pour le titre (vingt-trois fois plus que le nombre d'actions disponibles) avait été fixé dans le haut de la fourchette à 335 euros. «Trop gourmand!» sifflait le Wall Street Journal dans son édition de lundi en parlant de Werner Seifert, président de Deutsche Börse. Le quotidien estimait le prix trop élevé principalement en raison de la faiblesse actuelle des marchés. «Vendredi, le cours de l'action sur le marché gris (officieux) se traitait à 4% seulement au-dessus du prix de vente fixé», rappelait le quotidien américain. Mais contre toute attente, le titre enregistrait un bond de 9% à 365 euros dès ses premières heures de cotation lundi matin et atteignait même un plus haut de 375 euros en début d'après-midi. L'action a clôturé la séance de lundi en légère baisse à 373 euros.

A cette belle performance, certains n'excluent pas des raisons politiques. «C'est l'une des premières émissions de cette année, rappelle un trader qui n'a pas voulu être cité, et elle a été sursouscrite plus de vingt fois. Il n'est pas impossible que les lead managers (Goldman Sachs et Deutsche Bank) aient soutenu le prix de l'action.» Car l'enjeu était gros. Deutsche Börse est l'une des premières Bourses européenne à se faire coter, après le suédois OM Gruppen et la Bourse de Londres. Une cotation qui évaluerait la capitalisation boursière de Deutsche Börse à trois fois celle de Londres, affirme Bloomberg.

Selon Werner Steifert, les deux places financières de Londres et de Francfort n'ont jamais cessé de se parler, même après l'échec de leur fusion l'automne dernier. Avec l'arrivée de la nouvelle présidente de la Bourse de Londres, Clara Furse, les discussions pourraient même s'améliorer, a déclaré en substance Werner Steifert lundi.

Bon signal pour Euronext

Selon ce dernier, les rentrées financières de l'entrée en Bourse (980 millions d'euros) seront d'abord utilisées pour forger des alliances dans les activités de clearing et de settlement. Une déclaration qui a renforcé les spéculations selon lesquelles Deutsche Börse pourrait faire une nouvelle offre à la Bourse de Londres. Mais la plate-forme financière allemande pourrait également décider de s'allier à Euronext (produit de la fusion des Bourses de Paris, Amsterdam et Bruxelles) ou encore à la Bourse américaine du Nasdaq.

Pour Euronext, qui planifie sa mise en Bourse dans les semaines à venir, la première cotation de Deutsche Börse a lancé un signal fort. «La tendance d'introduire en Bourse des plates-formes financières devrait se poursuivre», prévoit un observateur du marché. Un phénomène face auquel les responsables de la Bourse suisse restent sereins: «Nous n'avons aucune raison d'entrer sur le marché, répond Leo Hug, porte-parole. Nous n'avons pas besoin d'argent et nos actionnaires n'ont pas l'intention de vendre leurs actions pour l'instant.» En ce qui concerne Virt-x (une plate-forme financière récente détenue à 38,9% par la Bourse suisse SWX et 38,9% par Tradepoint), la société est déjà cotée sur l'AIM (Alternative Investment Market) à Londres. «Cela pourrait changer, mais nous n'avons pas d'autres plans pour l'instant», affirme Leo Hug.