Les dragons d’Extrême-Orient sont loin, très loin, d’être fatigués. Les indicateurs démographiques, industriels et commerciaux démontrent combien les pays émergents d’Asie seront amenés, demain, à occuper une place de plus en plus prépondérante dans les échanges internationaux. Le basculement des capitaux et des opportunités économiques vers cette partie du monde est une réalité indéniable. Les entreprises et les banques suisses, de plus en plus tournées vers la Chine et l’Asie émergente, mesurent sans cesse ce changement tectonique.

La croissance, pour autant, n’est pas un fleuve tranquille. Les capitaux, à l’heure de la mondialisation financière, sont toujours plus nomades et ­attentifs aux moindres soubresauts.

Les très fortes corrections subies ces derniers jours par les bourses d’Indonésie ou de Thaïlande, la plongée de la roupie indienne sur fond de défiance croissante des investisseurs envers les autorités de New Delhi sonnent dès lors comme un rappel à l’ordre. Les dirigeants asiatiques ne doivent pas s’illusionner. Alors que l’économie américaine repart et que l’Europe peut enfin espérer sortir du tunnel de la crise de ses dettes souveraines, leurs prévisions de croissance ou leurs projets d’infrastructures ne sont qu’une partie de l’équation. Des facteurs relégués au second plan depuis 2009, comme la stabilité politique menacée par l’approche des élections indonésiennes, ou l’endettement des ménages thaïlandais séduits par des politiques populistes dispendieuses, regagnent en importance. L’envers du dynamisme – propice aux bulles et aux excès – réapparaît.

Les corrections sévères à la baisse de ces derniers jours sont une incitation à réfléchir. En 2011 et 2012, la flambée des marchés d’actions à Djakarta ou Bangkok masquaient les remous en Indonésie ou en Thaïlande, les nuages qui pèsent sur le Vietnam ou les problèmes croissants rencontrés par les entreprises étrangères en Inde. Les classes moyennes de ces pays, de plus en plus nombreuses, commençaient à rêver d’économies «casinos». Gare! Ces coups de semonce prouvent que le tapis vert des bourses peut aussi… glisser sous leurs pieds.