Et encore 9,5% de hausse supplémentaire vendredi! Après avoir déjà progressé tout au long de la semaine, le cours de l’action de la Banque nationale suisse (BNS) s’est à nouveau envolé durant la dernière séance hebdomadaire. Au point que la SIX, l’exploitant de la bourse suisse, a même interrompu le négoce du titre vers 15 heures 30 après qu’il ait atteint 2100 francs. Il a clôturé la séance à 2014 francs. Depuis début janvier, l’action de l’institut d’émission affiche désormais une hausse de 89%.

La faute à Soros, à Erdogan?

L’envolée de l’action de la BNS surprend d’autant plus que ce titre, peu liquide, a peu varié depuis le début de la décennie. Passé inaperçu au départ, le récent mouvement spectaculaire de hausse du titre est devenu cette semaine un sujet débattu sur les blogs spécialisés. Avec des explications à mi-chemin entre plaisanteries et théories du complot: ainsi, sur le site financier Zerohedge.com, des participants à un forum s’amusaient à mentionner tour à tour le financier George Soros, la Banque d’Israël ou même le président turc Recep Tayyip Erdogan parmi les acheteurs responsables de l’envolée du titre.

Jusqu’ici, l’identité des acheteurs récents du titre reste impossible à déterminer, du fait qu'aucun nouveau seuil de déclaration de participations n’a été franchi récemment. De plus, si les volumes échangés ces derniers jours sont supérieurs à la moyenne, cela représente malgré tout un nombre relativement faible de titres. Moins de 150 actions ont été échangées par jour durant les séances de mardi à jeudi, avec un pic qui a grimpé à plus de 600 titres vendredi.

Pas de prise de contrôle possible

La structure spécifique du capital de la BNS, dont près de 74% des actions conférant le droit de vote appartenaient à des entités publiques à fin 2015, rend aussi toute tentative de prise de contrôle impossible. A côté des cantons (54,9%) et des banques cantonales (18,4%), les investisseurs privés détiennent 26,2% des actions assorties d’un droit de vote.

Parmi ceux-ci, le seul actionnaire privé de la BNS connu est l’allemand Theo Siegert. Entré dans le capital de la BNS en 2008, le professeur honoraire d’économie à l’Université de Munich et administrateur de Merck a récemment légèrement accru ses parts dans le capital de la BNS à 6,6% à fin 2015, contre 6,49% un an plus tôt et par rapport à 4,8% en 2010. Réputé comme étant un investisseur agissant sur le long terme, il est peu probable que le docteur en économie issu d’une riche famille de Düsseldorf ait augmenté d’un seul coup sa part dans la BNS. Et cela même s’il a apparemment un faible pour la Suisse, car il détient aussi des titres dans Orell Füssli, la société qui imprime les billets de banque. Il est aussi membre du conseil d’administration de DKSH à Zurich.

De plus, compte tenu de son mandat public, les droits des actionnaires de la Banque nationale sont restreints. Les droits de vote sont limités à 100 actions. A noter que cette restriction ne s’applique pas aux collectivités, aux établissements suisses de droit public ainsi qu’aux banques cantonales.

Un titre stable dans le contexte des taux négatifs

L’envolée du titre peut-elle s’expliquer par l’attrait des 15 francs de dividendes versés chaque année en mai par la BNS? A ce sujet, deux logiques s’affrontent. D’un côté, compte tenu de la hausse du cours de l’action, le rendement des dividendes a mathématiquement diminué au cours des dernières semaines. Vendredi, il dépassait encore à peine 0,7%. Et les actionnaires ne peuvent pas parier sur une hausse potentielle des dividendes de la BNS l’an prochain: en effet, selon les dispositions légales spéciales qui régissent la Banque nationale, la part aux dividendes est limitée à 6% du capital-actions et à un maximum de 15 francs par action d’une valeur nominale de 250 francs chacune.

Actionnaire d’Apple, Exxon et Microsoft

D’un autre côté, l’environnement de taux négatifs rend le titre de la BNS suffisamment attrayant pour certains investisseurs. Il en va de même des actifs détenus par la BNS. Sur un portefeuille total estimé à près de 700 milliards de francs, l’institut détenait à fin juin quelque 62 milliards de dollars d’actions américaines, comparé à 41 milliards en décembre 2015. Aux Etats-Unis, la BNS possède, dans l’ordre, notamment des titres des sociétés Apple, Exxon Mobil, Microsoft, Johnson&Johnson et AT&T. Certains investisseurs achètent aujourd’hui l’action de la BNS un peu comme on acquerrait le titre d’une société de participations, fait remarquer un analyste bancaire.

Dernière piste évoquée: un phénomène d’emballement, la hausse du titre attirant au fil des jours de nouveaux investisseurs. Une stratégie qui peut s’avérer risquée: il y a tout juste dix ans, l’action de la BNS était passée d’un cours situé à moins de 1100 francs en novembre 2006 à plus de 1400 francs au début de janvier 2007. Un an et demi plus tard, le titre était revenu à son point initial.