L'Eurogroupe se réunit ce soir dès 19h00 à Bruxelles dans un climat un peu inhabituel. Les douze ministres des Finances de la zone euro prolongeront sans doute des discussions animées jusqu'en fin de soirée, avant de reprendre leurs travaux le lendemain en compagnie de l'ensemble de leurs autres collègues européens. Ils devraient alors, lors d'une discussion restreinte, explorer les voies d'une réforme «soft» du Pacte de stabilité et de croissance que les grands pays appellent de leurs vœux.

L'euro a battu la semaine passée un record historique face au dollar, en passant au-dessus du seuil symbolique des 1,30 dollar. Cette hausse subite, corrigée ensuite mais qui témoigne d'une grande fébrilité de la monnaie européenne, a provoqué une avalanche de petites phrases italiennes, françaises et allemandes, laissant entendre qu'une volonté politique accrue de peser pour une intervention sur les marchés des changes était en train de naître. Ce soir les actions à entreprendre, ou plutôt les déclarations à faire, dans ce contexte transatlantique houleux, seront au cœur des réflexions des grands argentiers.

D'autant que les dernières nouvelles en provenance d'Europe ne sont pas bonnes. Vendredi, l'office statistique de l'Union européenne Eurostat annonçait un net ralentissement dans la zone euro au troisième trimestre de cette année. La croissance passe à 0,3% après avoir connu 0,5% au deuxième et 0,7% au premier trimestre. Pour l'ensemble de l'UE, les chiffres indiquent un recul encore plus sévère puisque le troisième semestre tombe lui aussi à 0,3% quand les précédents s'élevaient respectivement à 0,6 et 0,7%. Les services de l'UE ne sont pas les seuls à être inquiets, le Fonds monétaire international a lui aussi revu à la baisse ses prédictions de croissance pour les grands pays de la zone euro.

Des déclarations d'intentions

Ce même vendredi, une autre déception s'est fait jour en Europe, qui est venue corroborer cette ambiance déprimée. En France, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié une estimation de croissance pour le troisième trimestre de seulement 0,1% au lieu des 0,5% attendus. Tentant de minimiser les conséquences de son annonce, un responsable de l'Insee a assorti sa communication d'un commentaire, jugeant que «ce n'était pas un drame» et annonçant qu'un redressement se profilait et que la croissance sur l'année pourrait tourner autour de 2,2 ou 2,3%, même si l'on avait espéré 2,4%. Néanmoins, l'autre poids lourd de la zone euro, l'Allemagne, est lui aussi mal loti. Il a reçu sa douche froide jeudi dernier, lorsqu'on a appris que le produit intérieur brut (PIB) n'avait progressé que de 0,1% au troisième trimestre, après 0,4% de croissance pour les deux précédents. Une faiblesse due à une chute des exportations qu'une reprise encourageante de la demande intérieure n'est pas parvenue à compenser.

Confronté à ce faisceau de difficultés, l'Eurogroupe ne pourra peut-être guère aller au-delà de déclarations de bonnes intentions. Cette assemblée de ministres ne bénéficie pas encore du pouvoir que lui promet la future Constitution européenne et se trouve face à une Banque centrale européenne très soucieuse de son indépendance. Les ministres de l'Eurogroupe ont bien choisi d'accélérer leur constitution en organe de plus en plus efficace en élisant en septembre

dernier le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à leur tête. Mais ses nouvelles fonctions de président de l'Eurogroupe ne seront effectives qu'au premier janvier prochain. Reste à voir si, dans la tourmente économique, le capitaine Juncker choisira de prendre déjà la barre pour faire entendre la voix de l'Euroland.