La volatilité, baromètre de la peur des investisseurs, est en nette hausse cette année. Faut-il ignorer l’orage ou en profiter? La volatilité est-elle une bénédiction uniquement pour les investisseurs sophistiqués ou une opportunité disponible également au grand public?

«La volatilité sera plus élevée que dans le passé. La banque centrale américaine a en effet signalé qu’elle ne soutenait plus les marchés. C’est une chance pour nous, en tant que banque de gestion de fortune. Nous pouvons démontrer nos capacités de conseiller la clientèle», a déclaré Boris Collardi, président de la direction de la banque privée Julius Baer. La banque a d’ailleurs créé une nouvelle unité pour offrir ses conseils aux clients aisés. UBS est récemment allée chercher une star des hedge funds, Vinay Pande, pour saisir les opportunités à court terme au profit des clients super riches.

Près d’un quart des investisseurs ayant plus d’un million de francs et résidant aux Etats-Unis estiment que la récente volatilité signale le début d’une longue baisse des actions, selon un sondage d’UBS. Toutefois 77% pensent que la correction est de nature uniquement passagère. Face à l’incertitude, l’attentisme est de rigueur. 89% des investisseurs conservent le même montant de liquidités depuis le déclenchement de la crise financière ou l’ont même augmenté. La grande banque note que les clients aisés estiment souvent avoir trop de «cash», mais ils hésitent à prendre des risques. Un quart se dit prêt à investir si des instruments de placement valables se présentent.

Revivons-nous la crise de 2008 et sa volatilité? «Nous ne pensons pas que les conditions en 2016 seront une réplique exacte des événements de 1998», estime Christian Gattiker, chef de la recherche de Julius Baer. Dans un commentaire, il indique que les derniers événements «pourraient par contre rappeler les crises mexicaine, asiatique et russe de la fin des années 1990. On sait donc à quoi s’attendre si les choses tournent très mal ces prochains mois. Or, les économistes estiment probable à environ 60% que ce sera le cas.»

«Ne pas se jeter sur la première volatilité venue»

Le petit épargnant est-il le laissé pour compte de la transformation de la place suisse? «Nous ne nous jetons pas sur la première volatilité venue», fait valoir Constantino Cancela, directeur de BCGE Asset Management. La banque cantonale annonce depuis 18 mois une augmentation de la volatilité financière».

«La hausse des dernières semaines ne nous surprend pas, confirme-t-il. Nous préférons nous concentrer sur l’économie réelle plutôt que sur les variables financières telles que le dollar et le pétrole», ajoute-t-il.

«L’économie se porte relativement bien. La croissance est là. Nous n’avons aucune raison de modifier notre opinion. La valeur des entreprises n’a pas changé depuis le début de l’année», estime le spécialiste. A l’investisseur d’en tirer profit si sa capacité au risque l’autorise. La BCGE estime que l’épargnant doit garder son horizon temps à l’esprit et agir en conséquence. Les changements observés sur les variables financières pèsent toutefois sur le sentiment des acteurs, selon Constantino Cancela. «Nous n’avons pas la boule de cristal, mais nous pensons que la volatilité devrait être en 2016 semblable à celle de l’année dernière», fait-il valoir.

Les banques centrales vont intervenir

Tout le monde n’a pas la même interprétation de la situation. «La volatilité est élevée à cause de la détérioration des fondamentaux, notamment l’ajustement de l’économie chinoise, la baisse des prix des matières premières, le surendettement de certains pays émergents», explique Nikolaj Schmidt, chef économiste de T.Rowe Price. La volatilité va rester élevée, à son avis. «Les banques centrales vont continuer d’intervenir afin de soutenir les marchés parce qu’ils constatent que le risque de volatilité réduit au final tout potentiel de croissance», selon l’économiste.

A court terme, on devrait assister à d’autres interventions des banques centrales. Certains investisseurs spécialisés s’attacheront à privilégier des régions qui échappent en grande partie aux effets de la baisse des matières premières. Nous trouvons aujourd’hui des opportunités d’investissement même sur certains marchés émergents, comme la Corée du Sud et la Thaïlande, selon Nikolaj Schmidt.

Les obligations à haut rendement sont potentiellement attractives dans cet environnement, selon l’économiste. Mais ici aussi, mieux vaut distinguer entre les titres de sociétés de matières premières et les autres. Les spreads (écarts de taux d’intérêt avec les obligations d’Etat) pour certaines sociétés peuvent très bien continuer à s’élargir en raison de l’incertitude macroéconomique qui règne.

Nous vivons désormais dans un monde ou la volatilité va perdurer, selon Nikolaj Schmidt. Nous devons nous attendre à des interventions importantes de la part des banques centrales, lesquelles doivent être prêtes à soutenir les marchés financiers. Tout dépend ici de l’émergence ou non d’une récession aux Etats-Unis. Ce n’est néanmoins pas le scénario principal de T. Rowe Price aujourd’hui.

Une poursuite de la baisse est attendue

«Le petit investisseur ne devrait pas chercher à profiter de la volatilité accrue», affirme aussi Werner Rutsch, responsable institutionnel auprès d’Axa IM. Mieux vaudrait, à son goût, s’assurer que son portefeuille est bien diversifié et qu’il est géré auprès d’un acteur offrant des services bon marché. Les portails internet et divers magazines ne manquent pas de comparaisons à ce sujet.

Si la quote-part en actions sied à un épargnant, il n’a aucune raison de multiplier les transactions. Si elle est trop basse à son goût, il peut toutefois acheter des actions telles que Nestlé, Roche ou Swiss Re lors des séances de baisse, selon Werner Rutsch. Rien ne sert de paniquer. Axa IM ne prévoit pas une longue baisse, mais une phase de correction. L’investisseur se voit recommander de conserver ses positions en actions sur la durée.

Pour les actions suisses, la volatilité atteint 23%. «Cela signifie que le marché anticipe une fluctuation quotidienne de 1,4%. La volatilité est bien sûr élevée, mais elle était très supérieure en août dernier lorsqu’elle dépassait 30%», explique Manuel Dürr, responsable de la distribution publique de produits structurés auprès de Leonteq.

Des idées dans les produits structurés

L’investisseur a la possibilité de vendre la volatilité en acquérant des produits structurés appelés «Barrier Reverse Convertibles» (BRC), par exemple sur l’indice SMI, l’Euro Stoxx 50 et le S&P 500, indique Manuel Dürr. Le risque de ce type d’instrument, dit produit d’optimisation, est supérieur à celui d’une obligation, mais inférieure à celui d’une action. Aux conditions actuelles, l’investisseur obtient un coupon garanti de 4% par an pour une échéance de 2 ans. Le risque consiste à ne pas être remboursé à 100 mais à 49% si les actions suisses baissent de 51%, selon l’expert de Leonteq. Si cette barrière est cassée, la perte potentielle correspond donc à la moitié de l’investissement.

Ce risque pourrait être limité en achetant des BRC dotés d’un prix d’exercice défini à un bas niveau, selon Leonteq. Il existe actuellement un BRC sur ABB, Nestlé, Novartis, Roche, qui offre un coupon garanti de 3% à 2,5 ans. L’épargnant achète le titre à 70% (prix d’exercice), et si le plus mauvais des quatre titres tombe à 65% de sa valeur initiale, l’investisseur reçoit l’action en question avec un escompte de 30% sur le niveau actuel, selon Manuel Dürr.

Pour des investisseurs prêts à supporter davantage de risque, Leonteq propose des actions pétrolières ou un BRC sur le pétrole, d’autant plus que le cours à six mois est plus élevé que celui au comptant. Il est par exemple possible d’avoir un coupon de 17% par an avec un «BRC inverse» si le pétrole augmente de moins de 75% et grimpe donc à 56 dollars. Si le pétrole passe à 56 dollars, le risque est de perdre 65% et s’il double de perdre l’ensemble de l’investissement (excepté le coupon).