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Comment l’épargnant mesure sa contribution au climat

L’investisseur qui tient à protéger l’environnement affronte souvent une grande complexité méthodologique. Il peut toutefois évaluer les émissions de CO2 évitées et son apport social. Un assureur vient de le démontrer

En finance, les réponses apportées aux questions les plus simples sont parfois compliquées. L’épargnant cherchant à mesurer la contribution de ses avoirs à la lutte contre le réchauffement climatique se heurte à une myriade de concepts regroupés sous le nom d’investissements durables et de ses trois composantes, environnementale, sociale et de gouvernance (ESG). Il aimerait volontiers mesurer son apport à la réduction d’émissions de CO2 dont il est lui-même responsable si son portefeuille inclut par exemple des acteurs de l’industrie solaire plutôt que des actions pétrolières, ou s’il achète des obligations vertes plutôt que des emprunts traditionnels.

Des pistes prometteuses et concrètes émergent, sous l’impulsion des investisseurs institutionnels. «En 2018, un projet pilote sur la majorité de notre portefeuille d’impact a montré que nous avons évité 3,4 millions de tonnes de CO2 et amélioré les conditions de vie de 2,4 millions d’individus», indique Johanna Köb, directrice de l’investissement responsable auprès de Zurich Insurance.

Une première pour un institutionnel

C’est la première fois, selon l’assureur, qu’un investisseur institutionnel évalue aussi précisément son impact environnemental et social et présente ses chiffres, explique-t-elle. Mais quelle est sa méthode et est-ce que le petit investisseur peut faire de même?

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Pour l’épargnant, Johanna Köb recommande de considérer tous les outils disponibles en matière d’investissement responsable. Chaque investisseur a ses propres objectifs, préférences, valeurs, profils de risque et échéances. L’épargnant propriétaire de sa maison peut aisément évaluer sa consommation d’énergie. Pour le reste de son portefeuille, il peut investir dans des «fonds d’impact», des fonds thématiques et des placements répondant aux critères ESG. La plupart des sociétés dont les actions sont cotées publient aussi des rapports et des données sur leurs progrès en matière de durabilité.

La nouvelle méthode de mesure d’impact environnemental et social de Zurich Insurance porte sur une partie de ses placements. Le groupe gère 200 milliards de dollars d’actifs, en majeure partie en obligations. Ce vaste portefeuille peut uniquement être modifié lorsque les clients paient les primes d’assurance et à l’échéance des obligations.

Cinq milliards à moyen terme

Dans le cadre d’un projet lancé il y a cinq ans, les placements de la Zurich destinés à un impact environnemental et social s’élèvent aujourd’hui à 3,8 milliards de dollars et devraient atteindre 5 milliards à moyen terme.

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Le montant alloué à l’investissement d’impact ne comprend pas les efforts de réduction de l’empreinte carbone du portefeuille immobilier. Mais l’achat d’immeubles et les rénovations visent aussi une diminution de la consommation d’énergie.

Entre 2010 et 2017, le groupe a réduit de 14% ses émissions de CO2 sur ses avoirs immobiliers suisses, lesquels représentent 44% de l’immobilier global, selon Johanna Köb.

L’introduction de pompes à chaleur ou les mesures d’isolation des bâtiments qui réduisent la consommation d’énergie s’intègrent à l’effort de réduction des émissions de CO2. L’origine de l’électricité fait partie des critères environnementaux. A Zurich, la société publique EWZ garantit que l’électricité soit 100% renouvelable, mais la composition est différente dans d’autres villes.

La méthode de Zurich Insurance, mise sur pied avec l’aide de gérants d’actifs dont BlackRock, pourrait être employée par les caisses de pension, selon Johanna Köb. La part de l’immobilier représente environ un cinquième des 900 milliards de placements du 2e pilier. Or, dans le monde, les bâtiments produisent plus du tiers des émissions de CO2.

Multitude d’indicateurs

L’investissement d’impact porte sur des projets environnementaux et sociaux avant tout par l’intermédiaire des obligations, c’est-à-dire des emprunts dont l’investisseur connaît l’utilisation durable, ainsi que du capital-investissement (private equity) et des infrastructures vertes ou sociales, comme des écoles, des hôpitaux.

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Les projets, sont analysés selon un grand nombre d’indicateurs de performance propres à chaque branche d’activité. La production d’eau ne peut pas être comparée au financement d’un hôpital, à un projet photovoltaïque ou à l’introduction d’une banque locale dans un pays émergent. L’essentiel de la réduction des émissions de CO2 provient des projets liés aux énergies renouvelables et à l’efficience énergétique, à travers les obligations vertes et le private equity.

La diversité des investissements complique la mesure de l’impact. «Nous avons compris que nous devions nous concentrer sur un seul chiffre pour évaluer les progrès d’année en année», déclare Johanna Köb. La performance environnementale est ainsi évaluée en fonction des émissions de CO2 évitées. Un grand nombre de projets vise en effet une atténuation du changement climatique.

Le critère social porte sur le nombre de personnes qui profitent d’une amélioration de la qualité de vie, en termes de formation, d’accès à l’énergie ou inclusion financière. L’objectif est donc aussi bien qualitatif que quantitatif.

Un effort des caisses de pension?

Les caisses de pension disposent aussi d’un grand nombre d’obligations. Elles pourraient davantage investir dans des obligations vertes ou des projets d’impact, selon Johanna Köb. Les investisseurs institutionnels peuvent aussi s’intéresser davantage aux infrastructures (via des obligations) et financer des projets avec impact (hôpitaux, transports, énergie). La plupart de ces projets peuvent mesurer la quantité d’émissions de CO2 évitées et le nombre de personnes qui en profitent.

Par exemple, Zurich Insurance a investi dans des obligations vertes de SNCF Réseau, le responsable du maintien de la qualité des voies ferrées en France. Avec l’argent, la société modernise son système d’éclairage et de signalisation. Il en résulte une diminution de la consommation d’énergie et un accroissement de la fréquence des trains, par conséquent une plus grande utilisation des transports publics au détriment du trafic automobile.

Cet effort de mesure d’impact n’est pas excessivement coûteux. Une équipe de deux personnes en est chargée au sein de Zurich Insurance. Pour les investissements immobiliers, ce sont les experts qui y sont dédiés qui calculent la réduction des émissions.

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