La Chine ressemble aujourd'hui à une île dans le paysage économique. Le pays le plus peuplé de la planète fait figure de dernier marché émergent qui inspire encore les investisseurs. Alors que son système financier nourrit les plus grandes inquiétudes, les banques et les assureurs étrangers s'y précipitent pour récupérer une partie de la manne de la plus importante épargne privée au monde. Le 1er juillet dernier, les bas de laine des ménages chinois ont atteint 1000 milliards de dollars (1500 milliards de francs). De quoi donner de l'appétit.

Dans cette course, les entreprises suisses s'en sortent plutôt bien. Ainsi, UBS vient d'annoncer que sa division UBS Asset Management a signé une lettre d'intention avec le groupe Guotai, de Shanghai, en vue d'acquérir une participation au capital de l'entreprise, l'une des premières en Chine dans la gestion de fonds, avec des avoirs sous gestion atteignant 8 milliards de yuans (44 milliards de francs).

Selon une nouvelle loi entrée en vigueur début juillet, en conformité avec les accords signés par la Chine pour adhérer à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les firmes étrangères peuvent entrer à hauteur de 33% dans le capital des entreprises locales de gestion d'actifs. «Ces nouvelles mesures, note le South China Morning Post de Hongkong, ont soulevé une vague d'intérêt de la part des maisons de gestion étrangères, qui tentent de créer des coentreprises avec un partenaire chinois afin d'accéder à un marché des actions qui pèse 500 milliards de dollars.»

En début de semaine, également, c'est le réassureur helvétique Swiss Re qui annonçait avoir obtenu l'autorisation de fonder une filiale pour opérer pleinement en Chine. La deuxième compagnie de réassurance au monde devrait ainsi être la première à pénétrer ce marché. Swiss Re devrait s'établir à Shanghai ou à Pékin. Contrairement aux assureurs, pour lesquels des licences ont été distribuées au compte-gouttes depuis dix ans, les réassureurs pourront directement opérer au niveau national.

«L'accord de la Chine montre qu'elle est déterminée à respecter ses engagements auprès de l'OMC», explique le directeur des marchés Chine chez Swiss Re, Franz-Josef Hahn au South China Morning Post. En vue de ce développement, la compagnie suisse a déplacé son siège Asie de Zurich à Hongkong en début d'année. Swiss Re pourrait aider 19 assureurs chinois en injectant du capital. «Les inondations sont le principal risque de catastrophes naturelles en Chine», rappelle le directeur.

Dans un pays où les licences sont distribuées non pas seulement en fonction de critères économiques mais également politiques, on peut relever que le passage en Suisse, début juillet, du bras droit du président Jiang Zemin, Zeng Qinghong, a peut-être été le dernier coup de pouce pour l'ouverture du marché chinois. Mais il n'y a pas que les entreprises suisses qui avancent leurs pions. Depuis quelques mois, de nombreux géants de la finance internationale s'allient avec des partenaires locaux pour mettre un pied en Chine: en décembre dernier c'était Hongkong and Shanghai Bank (HSBC), puis il y a eu l'assureur allemand Allianz et la banque française Société Générale.

Hier enfin, on apprenait que le plus grand groupe de services financiers au monde, Citibank, envisage d'entrer dans Shanghai Pudong Development Bank à hauteur de 8,26% du capital, soit 170 millions de dollars, selon une source anonyme citée par l'agence Bloomberg. Citibank deviendrait ainsi la première banque étrangère à détenir les parts d'une banque commerciale publique chinoise, ce qui lui permettrait du même coup d'accéder à une partie de la fameuse épargne privée d'un trillion de dollars…

Ce sont autant de mouvements vers la Chine qui coïncident avec le désengagement des grandes institutions financières du Japon, incapable de faire passer les réformes indispensables pour redynamiser son économie.