Technologie

L’EPFL s’associe à IBM dans l’informatique quantique

L’école polytechnique fera partie de l’IBM Q Network, qui lui donnera accès à une puissance de calcul supplémentaire utilisable pour plusieurs projets de recherche, de l’énergie à la santé

C’est un coup de turbo pour ses projets de recherche qu’a reçu l’EPFL mercredi. IBM a annoncé la sélection de l’école polytechnique pour faire partie de son «Q Network», un réseau d’institutions et d’entreprises qui peuvent accéder à ses ressources en informatique quantique. Présenté dans le cadre de la Conférence mondiale des journalistes scientifiques, qui se tient cette semaine sur le site de l’EPFL, ce partenariat doit accélérer les recherches sur le campus lausannois.

Ne comptez pas trouver un ordinateur quantique en grande surface avant plusieurs années, voire plusieurs dizaines d’années. Cette technologie est toujours en développement dans quelques laboratoires, mais IBM veut se positionner à la pointe dans ce domaine. Aujourd’hui, pour faire simple, un ordinateur classique traite des bits qui ne peuvent avoir que deux états, 0 ou 1. En informatique quantique, les bits sont remplacés par des bits quantiques, ou qubits, qui peuvent prendre une infinité de valeurs entre le zéro et le un.

Proche du zéro absolu

Du coup, cela offre une puissance de calcul sans commune mesure avec celle des super-ordinateurs actuels. Mais à des conditions très particulières. Il faut ainsi que l’ordinateur se trouve dans un environnement proche du zéro absolu (soit -273 degrés) et soit protégé des interférences magnétiques.

Depuis mercredi, l’EPFL aura accès à des ordinateurs quantiques d’IBM, aux côtés de huit autres universités, dont l’EPFZ. «Notre but est de stimuler la recherche via ces partenariats, ainsi que de comprendre comment l’informatique quantique peut être utilisée. Nos prototypes sont déjà employés dans le domaine de la finance, de la chimie et même du jeu vidéo», détaille James Robin Wootton, chercheur chez IBM à Zurich. La multinationale américaine ne se contente pas de travailler avec des universités. Elle mène aussi des projets de recherche avec des entreprises, telles la société pétrolière ExxonMobil ou la banque JPMorgan.

Calcul à distance

Comme d’autres universités, l’EPFL aura accès gratuitement à la puissance de calcul proposée par l’informatique quantique. Cela s’effectuera à distance, IBM gardant le contrôle de ses machines. «Ce partenariat est crucial et permettra d’accélérer nos projets de recherche», se réjouit Mihai Adrian Ionescu, professeur au Laboratoire des dispositifs nanoélectroniques de l’EPFL. «La puissance de calcul que nous offrira IBM ouvrira de nouvelles possibilités dans le domaine de la recherche pour la santé, l’énergie et l’environnement, par exemple. Ce qui était impensable jusqu’à présent deviendra possible.»

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James Robin Wootton résume ainsi la nouvelle donne: «Certains problèmes sont tout simplement trop compliqués pour les ordinateurs actuels, ou leur résolution prend beaucoup trop de temps. Il peut s’agir par exemple de la simulation d’une molécule, qui demande des ressources de calcul énormes.» Pour Mihai Adrian Ionescu, le secteur de la santé pourrait effectuer des progrès importants grâce à l’informatique quantique: «Je pense qu’elle nous permettra de passer d’une médecine de réaction à une médecine prédictive, qui sera beaucoup plus efficace. Cette nouvelle informatique sera capable d’analyser de telles quantités de données qu’elle pourra déceler, au milieu de toutes ces informations, des informations pertinentes sur l’état de santé futur d’une personne.»

Des millions d’expériences

Aujourd’hui, le réseau IBM Q Network compte une soixantaine de partenaires, dont les membres ont réalisé plus de 10 millions d’expériences et publié plus de 170 travaux de recherche. La multinationale ne communique pas précisément sur ses dépenses en informatique quantique. En 2013, elle annonçait un plan d’investissement de 3 milliards de dollars sur plusieurs années, notamment dans ce domaine de pointe.

En janvier, lors du salon CES de Las Vegas, IBM dévoilait le Q System One, un ordinateur quantique enfermé dans une boîte carrée de 2,75 mètres de côté. La société affirmait alors qu’il s’agirait du premier ordinateur quantique commercial, mais sans dévoiler ni prix ni date de lancement.

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