Il est beaucoup question de chaîne d’approvisionnement durant la pandémie, mise à rude épreuve par la fermeture de frontières et de ports, par l’absence de camions ou de conteneurs. On parle de pénuries, des pâtes au papier-toilette. Mais dans de nombreux pays, rien ne manque, signe peut-être qu’en réalité la logistique du commerce global est en passe de réussir son grand oral. Signe aussi que les réflexions, pas seulement à la Maison-Blanche, pour réduire les dépendances envers le reste du monde et tout rapatrier sont superflues, sauf peut-être pour les médicaments et leurs substances actives, presque toutes made in China.

Dans l’agriculture par contre, pour des raisons environnementales évidentes, le terreau de réflexion est fertile. On ne parle pas de riz ou de fruits exotiques, guère adaptés à notre climat (même si de doux rêveurs s’y essaient au nord des Alpes), mais des denrées qui poussent ici tels des champignons. Comme les patates et les artichauts.

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Les tendances se mélangent dans l’agriculture en Suisse: les produits locaux prolifèrent (les confinés qui fabriquent leur pain utilisent ainsi presque toujours de la farine locale là où nos grands-mères pétrissaient des produits importés) et c’est la main-d’œuvre étrangère qui vient. Les maraîchers, viticulteurs et arboriculteurs ne peuvent tourner sans leurs petites mains portugaises, espagnoles ou roumaines. Chaque année, elles sont plus nombreuses. La Suisse recense désormais plus de saisonniers qu’à la fin des trente glorieuses.

Renouer avec la Terre

L’époque où les Italiens, les Slovaques et les Polonais construisaient nos villes avant de repartir? C’est aujourd’hui, et il faut une pandémie pour s’en rendre compte. Pour réfléchir aux conditions des travailleurs de l’ombre, au manque de bras capables en Suisse, aux technologies – piquant tout de même de devoir cueillir tous ces fruits à la main à l’heure des voitures volantes. Au délaissement de la terre des nouvelles générations à l’heure des marches pour le climat. A ce chômage qu’on exporte: le nombre de saisonniers a chuté dès le premier choc pétrolier – rebelote dans le monde post-Covid-19?

L’économie incite les exploitations agricoles à grandir ou à disparaître, alors qu’il y a peu des particuliers livraient ce qu’ils cultivaient dans leur potager à Coop et à Migros. On parle d’ailleurs d’agriculture urbaine, mais les toits et les parcs restent largement inexploités. Le coronavirus peut aussi être l’occasion de renouer avec la Terre et d’enfiler ses gants de jardinier en ville. Après tout, Singapour, qui comme la Suisse importe largement sa nourriture, a lancé un plan en ce sens.

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