«A partir du 10 septembre 2000, le dollar sera la seule monnaie utilisable dans toutes les transactions.» Ce communiqué, publié en fin de semaine par la Banque Centrale Equatorienne (BCE), confirme l'achèvement de la réforme du système monétaire équatorien. Cette décision, baptisée dollarisation, signifie l'abandon pur et simple du sucre au profit du billet vert, au cours de 25 000 sucres pour un dollar.

Cette mesure, approuvée le 9 mars par le congrès équatorien à travers l'adoption de la loi fondamentale pour la transformation économique (base légale), relève de l'ancien président Jamil Mahuad. Surnommé par la presse nationale le «Harward Boy», ce partisan de la dollarisation ambitionnait un retour à la normale pour une économie équatorienne en proie à de graves difficultés. Sur l'année 1999, le pays enregistrait en effet une inflation de 60,7%, une croissance négative de son PIB (–7,2%) et un déficit public de 4,4% à 13 milliards de dollars (23 milliards de francs). Dans ce contexte, le dollar s'était apprécié en 12 mois de 197% face à la monnaie nationale équatorienne, au terme de la plus grave crise économique d'un pays désormais en défaut de paiement sur sa dette.

Retrait de 92% des billets

Le projet de dollarisation a survécu au renversement de Jamil Mahuad (coup d'état du 21 janvier). Les putschistes ayant confié le pouvoir à Gustavao Noboa, jusque-là vice-président du pays, ce dernier n'a pas remis en cause la réflexion entamée par son prédécesseur, finalisant ces jours l'adoption du dollar américain. La BCE faisait état en fin de semaine du retrait de la circulation de 92% des billets et de 26% des pièces de la monnaie nationale.

«La dollarisation s'avère l'étape suivante, après le currency board (cas de l'Argentine, où le peso est ancré depuis 1992 au dollar à un taux de change fixe, un peso équivalant à un dollar)», rappelle Jean-Pierre Béguelin, chef économiste auprès de la banque privée genevoise Pictet & Cie. Il note plusieurs avantages à cette solution. Tout d'abord, cette mesure doit «rassurer les investisseurs», en éliminant le risque de change et en tenant compte de la solidité du billet vert. Elle doit également permettre «d'empêcher les manipulations», l'élimination de «la planche à billets» étant une bonne chose dans un pays ayant une forte «tendance aux déficits budgétaires débridés». Enfin, elle donne au pays «la contrainte extérieure d'une monnaie». «La pure dollarisation» existe déjà au Panama, où l'économie «s'en sort bien».

La mise en place rapide de cette décision a calmé les marchés financiers, souligne le Fonds monétaire international (FMI). L'institution de Bretton Woods, soutenant cette réforme, a recommandé parallèlement un certain nombre de réformes structurelles et de mesures d'austérité. L'achèvement de la dollarisation s'accompagne d'une privatisation du pétrole, de l'électricité et de l'eau. La suppression des subventions au gaz domestique, aux tarifs électriques et au diesel entraînera immanquablement une augmentation des prix et des tarifs des transports.

Cette hausse prochaine a servi de catalyseur à la mobilisation des Indiens (4 millions sur une population de 12,5 millions). Ces derniers considèrent aussi que la

dollarisation constitue un renoncement à la souveraineté nationale. Le général Sucre, héros de l'indépendance du pays, avait donné son nom à la monnaie nationale. La lecture de la presse équatorienne révèle la difficulté pour la population de croire à la disparition d'une monnaie nationale vieille de cent septante-neuf ans. A cela s'ajoutent de simples problèmes pratiques à l'heure de la conversion, une partie non négligeable de la population étant analphabète.

Décision à forte teneur émotionnelle et économique, la dollarisation se terminera le 9 mars 2001, le public pouvant encore dans l'intervalle échanger les sucres restants contre des dollars auprès de la BCE.