La Banque centrale européenne se tient prête aujourd'hui à entrer à nouveau en action afin de permettre le fonctionnement normal d'un système bancaire toujours sous le coup de l'éclatement de la bulle spéculative sur les prêts immobiliers américains à risque, les «subprime».

Rien n'indique cependant que l'institution injectera des liquidités aussi massivement que le 18 décembre, lorsque 350 milliards d'euros avaient été débloqués. «Nous ne sommes pas informés d'une opération d'ampleur», témoignait jeudi après-midi Cyril Regnat, stratège obligataire chez Natixis à Paris.

Le marché monétaire s'est un peu dégrippé ces derniers jours. Momentanément rassurés par les mesures massives de la BCE, les intervenants acceptent de fournir aux banques européennes les fonds nécessaires pour «habiller» leurs comptes en fin d'année à des taux moins exorbitants.

Des taux contraignants

En deux semaines, le coût d'un crédit à un mois est passé de 4,94% à 4,44%. Ce qui reste encore contraignant, au regard des 4,10% auxquels pouvaient prétendre les établissements avant la crise. Pour obtenir des liquidités sur trois mois, ces derniers font face à des taux de 4,77%, contre 4,95% il y a peu - alors du jamais-vu depuis sept ans. Là non plus, la situation n'est pas revenue à la normale: le coût de ces prêts demeure de 0,8% supérieur au taux directeur de la BCE, alors qu'en général l'écart tourne autour de 0,2%. Une prime reflétant la méfiance généralisée des banques, qui, dans l'incapacité de savoir dans quelle mesure chacune est coincée sur les «subprime», rechignent à se prêter entre elles. «Les échéances du début d'année et la publication de leurs résultats annuels par les principaux établissements seront déterminantes pour une normalisation complète», prévient Frédérik Ducrozet, spécialiste au Crédit Agricole. «Le fond du problème subsiste, avec la poursuite de la récession de l'immobilier résidentiel américain... et la hausse des défauts sur les crédits hypothécaires «subprime», ajoute Eric Vergnaud, de BNP Paribas.

Il reste en effet des plus inquiétant de constater à quel point un simple tassement de l'immobilier aux Etats-Unis - de seulement -6% - a pu ébranler d'une telle façon les grandes banques. Aussi l'institution de Francfort continue-t-elle de surveiller l'équilibre de «son» système bancaire de très près. Hier, elle a ainsi retiré près de 147 milliards d'euros du circuit, afin, cette fois, d'éponger une accumulation d'argent.