Une conférence de presse dite «extraordinaire». Lundi en début d’après-midi, le premier ministre Mariano Rajoy est venu affirmer qu’«il n’y aura aucun sauvetage» extérieur des banques espagnoles en difficulté.

Le matin, la tension sur le marché de la dette publique de l’Espagne témoignait du contraire. Le taux d’intérêt à dix ans pour les obligations souveraines s’est envolé à près de 6,5%, son plus haut niveau depuis fin 2011. L’écart avec les titres allemands, considérés sans risque, a atteint un nouveau record historique de 5 points de pourcentage («509 points de base» dans le jargon financier).

Le chef du gouvernement a toutefois reconnu que, dans ces conditions, «il est très difficile de se financer». Et Mariano Rajoy d’en appeler à une «intégration budgétaire» européenne pour aider les pays en situation délicate à surmonter ces conditions de refinancement extrême, et préserver la zone euro.

La journée a aussi été agitée sur le front boursier. Madrid a enregistré le recul le plus net en Europe (–2,17%). A la clôture, son indice phare est tombé à son plus bas niveau depuis neuf ans. L’action de la banque Bankia avait commencé la journée en perdant 28%, avant de finir en repli de 13,4%. La quatrième banque du pays, ébranlée par ses actifs immobiliers toxiques, a reçu cette fin de semaine le soutien du gouvernement pour 19 milliards d’euros, soit près de 2% du produit intérieur brut (PIB) espagnol. Les opérateurs s’inquiètent de la capacité de Madrid à financer une telle dépense qui ferait grimper la dette espagnole à quelque 80% du PIB. Sans oublier que jusqu’à 30 milliards seraient nécessaires pour recapitaliser les trois autres banques déjà nationalisées.

Pourtant, «le gouvernement fera tout pour éviter une aide internationale», décrypte Alejandro Ruyra, analyste financier du courtier Kepler. Recourir au Mécanisme européen de stabilité (MES), qui doit entrer en fonction le 1er juin, ou à une quelconque entité étrangère ferait «perdre la main» à Madrid sur le calendrier du sauvetage, indique l’analyste de Madrid. En outre, le recours à une aide extérieure ferait craindre aux créanciers qui n’en bénéficieraient pas de courir le risque d’un défaut. Cela fragiliserait donc le reste de la dette espagnole, ajoute-t-il.

Pourtant, les taux d’intérêt auxquels Madrid doit désormais se refinancer limitent sa marge de manœuvre. Elle pourrait utiliser le fonds spécial créé en février pour aider ses banques. Ce FROB ne disposerait, selon certaines estimations citées dans la presse espagnole, plus que de 4 à 5 milliards d’euros. Or sa capacité à lever des fonds sur le marché serait elle aussi contrainte par la prime de risque à payer. Hier, le gouvernement espagnol a déclaré ne pas avoir encore décidé s’il utiliserait l’endettement pour recapitaliser les banques en difficulté. Son choix devrait intervenir d’ici deux à trois mois, a-t-il fait savoir.

A Madrid, Alejandro Ruyra observe néanmoins que la confiance de la population dans le système bancaire est «en train de revenir» depuis que le gouvernement a montré sa détermination à soutenir Bankia. Il replace cependant le défi qui attend le gouvernement Rajoy dans son contexte macroéconomique. Le pays s’est engagé à ramener le déficit budgétaire de 8,9% en 2011 à 5,3% cette année, un effort qu’«aucun pays européen n’a produit au cours de ces vingt dernières années! […] Tout cela est fait pour rester dans le club de l’euro». ö L’euro se reprend . Page 17

«Aucun pays européen n’a produit [un tel effort budgétaire] au cours de ces vingt dernières années!»