Les entreprises espagnoles frappent fort en Europe. Trois semaines après l'absorption de Panzani par le groupe agro-alimentaire Ebro-Puleva, le leader espagnol de l'immobilier a lancé une OPA (non hostile) sur son rival français Gecina.

Poussé par un désir d'expansion international – commençant par l'Europe – Metrovacesa a annoncé une prise de contrôle de Gecina en deux phases: la première, bouclée cette semaine, a consisté à acquérir 30% du capital (soit 1,6 milliard d'euros) du groupe immobilier français, propriétaire, notamment, d'édifices historiques dans le centre de Paris et très bien implanté sur le marché locatif. La deuxième phase, tout juste entamée, et qui pourrait se conclure d'ici à mai, prévoit une OPA globale.

Le cas échéant, le nouveau groupe, qui serait baptisé Proforma, deviendrait un géant du secteur de l'immobilier, fort d'une valeur boursière de 7,5 milliards d'euros (10,9 milliards de francs): le premier de la zone euro et le deuxième à l'échelle de l'Union européenne, derrière le britannique British Land. Grâce à cette acquisition, Metrovacesa augmenterait de 60 à 83% son poids dans le marché locatif, ce qui, selon son président Joaquin Rivero, «assure une rentabilité plus forte» que le marché résidentiel.

En lançant cette OPA, les dirigeants de Metrovacesa sont conscients d'avoir fait un pari très onéreux. Si l'acquisition de 100% du capital était confirmée, il lui faudrait débourser 5,5 milliards d'euros. Ce qui suppose aussi, même si le chiffre n'a pas été révélé officiellement, de devoir assumer une dette d'un montant voisin. «C'est cher, bien sûr, mais c'est aussi un très bon investissement», a assuré mercredi Joaquin Rivero.

Toujours plus d'audace

Comment Metrovacesa, dont les actifs sont inférieurs à ceux de Gecina, compte-t-elle financer une telle opération? Trois scénarios ont été dessinés: un crédit sur sept ans accordé par de grosses banques (dont la Royal Bank of Scotland), une augmentation du capital de 800 millions, et la vente d'une partie des actifs.

Cette perspective d'OPA ne fait pas peur à Joaquin Rivero, dont la trajectoire montre que l'audace ne lui a jamais manqué. En 1997, il était à la tête de Bami, un «modeste» dans le secteur de l'immobilier. A plusieurs reprises, il s'est adjugé des groupes bien plus puissants que le sien: Zabalburu en 1999, puis trois ans plus tard Metrovacesa. Joaquin Rivero ne veut pas s'arrêter en si bon chemin. Après Gecina, il a promis d'acquérir un autre géant du secteur, sans donner plus de précisions