Alors que ses voisins traversent une zone de turbulences, un vent d’espoir souffle sur l’économie argentine depuis l’élection, fin novembre, de Mauricio Macri à la présidence. Il faut dire que l’Argentine, mise au banc de la communauté financière après son défaut de paiement en 2001, part de loin. Après une décennie de croissance, son économie marque le pas depuis 2014. Elle a même reculé de 3,5% au cours du dernier trimestre 2015. Si le taux de chômage reste officiellement inférieur à 8%, un tiers des Argentins vivraient dans la pauvreté selon le nouveau président. Quant à l’inflation, elle oscille toujours autour des 30%.

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Ancien maire de Buenos Aires, Mauricio Macri, a été porté au pouvoir avec la promesse de rompre avec la politique protectionniste de ses prédécesseurs, Nestor (2003-2007) et Cristina Kirchner (2007-2015). Mais la tâche s’annonce ardue. Sa coalition du centre-droit ne dispose pas de la majorité au Congrès et ses adversaires l’accusent, lui et son équipe (dont nombreux sont des banquiers de formation), de vouloir renouer avec la politique ultralibérale de Carlos Menem (1989-1999), celle-là même qui avait conduit à la crise de 2001.

Depuis son intronisation le nouveau chef d’Etat se montre néanmoins des plus entreprenantS. Il a commencé par lever le contrôle des changes, entraînant une dévaluation de plus de 30% du peso face au dollars. Mais cette mesure devrait profiter à terme aux exportateurs, espère-t-il. Le nouveau président a également fait supprimer les taxes sur l’exportation des principaux produits agricoles et de la viande. Enfin, il a licencié des milliers de personnes dans le secteur public, dont un grand nombre de «gnocchis», employés fictifs qui gangrènent l’État argentin.

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Pour le nouveau gouvernement, l’objectif est désormais de faire revenir les capitaux étrangers. «Nous voulons rappeler au monde que nous existons, renouer des relations d’amitié avec des pays dont l’Argentine s’est éloignée ces dernières année», expliquait fin janvier au Forum de Davos le ministre des finances Alfonso Prat-Gay. L’Argentine espère pouvoir retourner sur les marchés financiers et emprunter, rien qu’en 2016, 15 milliards de dollars.

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Mauricio Macri compte pour cela sur la résolution du différend juridique qui oppose son pays à des créanciers ayant refusé toute décote sur les titres de dette publique rachetés à prix cassés au lendemain du défaut de paiement. Après plusieurs semaines de négociation, il est parvenu fin février à un accord avec ces «fonds vautours» en acceptant de leur verser 4,6 milliards de dollars. Il a maintenant jusqu’au 14 avril pour convaincre le Congrès de payer.

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Si tout se passe comme prévu le nouveau gouvernement espère pouvoir renouer avec une croissance de 0,5% à 1% cette année. Puis de 4,5% en moyenne pour les trois années suivantes. Un objectif ambitieux même si l’Argentine demeure moins dépendante aux prix des matières premières que ses voisins, Brésil et Venezuela en tête. Le prix du soja, principale exportation du pays, a ainsi chuté de moitié depuis 2012. Quant aux réserves de la Banque centrale, elles sont au plus bas. Mauricio Macri devrait également batailler sur le champ des négociations salariales et de la libéralisation annoncée de certains secteurs.