Nouveau danger pour le tourisme suisse? L’essoufflement de l’économie chinoise menace d’assommer un secteur déjà affaibli par l’abolition du taux plancher et le recul consécutif des nuitées des ressortissants européens. Après avoir démontré un appétit croissant pour la Suisse ces 20 dernières années, les touristes chinois modèrent à présent leur enthousiasme. Ils représentent près d’un touriste sur 20.

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L’organisme de promotion Suisse Tourisme s’attend à un ralentissement de la croissance des nuitées chinoises à environ 10% en 2016. Un chiffre qu’il faut mettre en perspective avec les 33% d’augmentation sur les onze premiers mois de 2015, par rapport à la même période de l’année précédente. Selon les derniers chiffres de l’Office fédéral des statistiques (sans Hongkong), en novembre dernier, cette croissance a été de 8,5%.
Les analystes du courtier hongkongais CSLA citent comme principaux risques pour la croissance du secteur une progression plus modérée des revenus des consommateurs chinois et le yuan faible. Selon les résultats d’un sondage effectué auprès de 400 agences chinoises de voyages et publié mardi dernier, 60% des Chinois annoncent vouloir limiter leurs voyages à l’étranger.

Quatrième marché touristique

Une mauvaise nouvelle pour les hôteliers et restaurateurs helvétiques, toujours plus dépendants des marchés émergents. L’industrie compte en effet sur ces visiteurs pour pallier le recul des nuitées des touristes en provenance de la zone euro (-10,9% sur la dernière saison d’été, par rapport à 2014). Les Chinois représentent déjà le quatrième contingent de touristes en Suisse avec 1,5 million de nuitées, derrière l’Allemagne, les États-Unis et le Royaume-Uni et mais devant la France. Les Asiatiques, Chinois en tête, représentent, par exemple, 57% du million d’utilisateurs des chemins de fer de la Jungfrau.

Suisse Tourisme reste pourtant serein face à ce tassement de la croissance. «Il faut prendre un peu de recul. Ces dernières années, la croissance annuelle a été effrénée avec des taux de +20 à +30%. Cela ne pouvait évidemment pas continuer à ce rythme», rassure sa porte-parole tout en citant le potentiel de développement dans des domaines tels que les sports d’hiver, l’art ou la culture.

Selon les estimations de CLSA, les Chinois voyageant à l’étranger représenteront 200 millions de personnes en 2020, contre 140 millions aujourd’hui.

Yuan faible

Mais, après le franc fort, le danger pour le tourisme suisse pourrait venir du yuan faible. Les investisseurs internationaux soupçonnent la Chine de se lancer dans des dévaluations compétitives, afin de relancer son économie. La mesure aurait pour conséquence d’affaiblir le pouvoir d’achat des Chinois à l’étranger en renchérissant leurs vacances. Stratège chez JP Morgan AM, Vincent Juvyns n’y croit pas. «La baisse du renminbi reste faible, surtout si l’on garde à l’esprit que, depuis 2008, cette monnaie s’est appréciée de 15% par rapport au dollar. En ce qui concerne le rapport au franc suisse, le yuan reste au-dessus de sa moyenne des 5 dernières années.»

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Reste que, depuis le 30 novembre, le yuan a perdu 4% vis-à-vis du franc. Il faut désormais 6,5 yuan pour acquérir un franc. Du côté de Suisse Tourisme, on analyse attentivement ces fluctuations: «Il y a beaucoup d’incertitudes. Le cours auquel s’établira le yuan le prochain trimestre sera déterminant pour mesurer son influence sur les réservations pour l’été et l’automne 2016.»