«Nous devons nous méfier d’un retour trop rapide à l’euphorie, la situation mondiale [reste] très fragile.» Jacques Duchêne, président du comité des exposants de Baselworld, n’a pas abondé dans le discours «positiviste» dominant mercredi lors de la conférence de presse de présentation du Salon mondial de l’horlogerie et de la bijouterie à Bâle, qui ouvre ses portes ce jeudi, pour une semaine. «Les années exubérantes» font désormais partie du passé et «nous sommes revenus aujourd’hui à peu près au niveau de 2006, les excès en moins», a-t-il souligné.

Et pour l’horlogerie helvétique, représentée par 292 marques à Bâle, sur un total de près de 2000, un retour en arrière en termes de chiffre d’affaires ou d’exportations (–22,3% en 2009) signifie également un recul de l’emploi. Sur ce front, la branche n’a pas encore tiré un bilan définitif, mais ce sont à coup sûr plus de 5000 emplois, sur 53 000 à la fin 2008, qui ont disparu en l’espace de douze mois. Or il s’agissait là de personnel qualifié, a déploré Jacques Duchêne. Beaucoup d’entreprises, en particulier chez les sous-traitants, recourent par ailleurs encore au chômage partiel. Si la reprise amorcée l’automne dernier ne se confirmait pas, de nouvelles charrettes de licenciements ne sont pas exclues.

Ce scénario n’est cependant pas le plus probable actuellement. Swatch Group vise des résultats record cette année et considère 2009 comme un trou d’air purement conjoncturel. Hublot (groupe LVMH) assure avoir vécu un très fort début d’année. La plupart des marques du groupe Richemont, qui exposaient lors du Salon international de la haute horlogerie (SIHH) en janvier dernier, assuraient avoir engrangé davantage de commandes qu’il y a un an…

Dans une étude publiée mercredi, Jon Cox, analyste chez Kepler, estime que les exportations horlogères devraient bondir de 10% cette année – soit au même rythme que dans les années d’euphorie – tirées par le puissant essor de la demande chinoise et la reconstitution des stocks chez les détaillants, notamment dans les montres les plus chères. Même «les Etats-Unis pourraient surprendre en bien», écrit-il encore. Un premier élément de confirmation, ou d’infirmation, à cette analyse tombera ce jeudi, avec la publication des exportations horlogères pour le mois de février.