Le fiasco du projet de banque privée Internet «y-o-u» fait apparaître un trou de l'ordre de 250 millions de francs dans les comptes du groupe Vontobel. C'est le coup dur le plus important essuyé par un établissement bancaire helvétique depuis 1998. Soit depuis la perte de près de 700 millions de dollars essuyée par UBS dans le cadre de la débâcle du hedge fund LTCM. Si la réaction rapide de la direction de Vontobel a pu limiter les dégâts, les enseignements à tirer de ce revers sont multiples. L'actualité en retiendra au moins deux. Premièrement, il met à nouveau en lumière – ainsi que l'illustre le cas SAirGroup – les exigences élevées qui sont assignées aux administrateurs de sociétés en matière de surveillance. En période faste, au fur et à mesure des succès engrangés, les contraintes de surveillance peuvent en effet avoir tendance à se relâcher. Deuxièmement, ce coup dur montre aussi – ainsi que l'admet d'ailleurs Hans-Dieter Vontobel, le patron du groupe bancaire zurichois – l'impact parfois dévastateur des périodes d'euphorie économique sur le sens des réalités de certains responsables de sociétés. Le goût de l'argent facile constitue alors un puissant ressort qui contribue à faire naître des bulles spéculatives qui ne peuvent qu'éclater. Que ce soit dans l'immobilier, les placements non conventionnels ou Internet. Cet aspect relève peut-être autant de la psychologie individuelle que collective. Mais il ne peut être prévenu que par le respect rigoureux des règles de diligence.

P. K.