Bien que les membres du G8 aient montré un front uni en faveur de la croissance économique ce week-end, les marchés n’ont, quant à eux, pas reçu un signal clair sous forme de promesses d’intervention plus concrètes. Les dirigeants des puissances mondiales auraient dû enfin reconnaître la nécessité de suivre une nouvelle politique européenne forte, afin de tracer un avenir crédible pour l’Union monétaire européenne. Au contraire, on a eu droit aux sempiternelles rhétoriques sur la nécessité de favoriser la croissance et l’emploi.

Depuis ce week-end, on évoque la possibilité que la Banque centrale européenne (BCE) baisse encore ses taux en urgence dès cette semaine. Cette ultime mesure est destinée à soutenir l’économie et le système bancaire – le nouveau mot d’ordre des banques étant: emprunter à court terme et prêter à long terme. Dès lors, une baisse des taux sera surtout symbolique mais n’aura que peu d’impact. Le problème étant que l’économie européenne subit un ralentissement douloureux: les banques ne peuvent plus prêter à cause de leurs bilans désastreux et, de toute façon, les emprunteurs fiables se font rares. A ce stade, la BCE est donc réduite à bricoler avec des outils traditionnels tels que le niveau des taux d’intérêt, et à apporter des modifications mineures à des programmes existants vu que ses actions précédentes ont été peu concluantes.

Dans ce contexte, comment se porte l’euro? Il y a quelques semaines, j’écrivais que l’impuissance relative de la BCE pourrait bien rendre l’euro plus fort qu’il ne devrait l’être. Or, le fait que l’euro a fini par baisser malgré la non-intervention de la BCE souligne le manque de confiance dans la monnaie et dans les dirigeants politiques de l’UE. Mais force est de constater qu’à la marge, l’euro ne s’est pas tellement affaibli. Au contraire, la semaine dernière, il a par exemple rebondi vigoureusement face à la livre britannique et aux monnaies des matières premières.

Prenons le temps de réfléchir aux facteurs d’affaiblissement de l’euro. J’en vois trois! Tout d’abord, la baisse surprise des taux, mentionnée plus haut. Deuxièmement, le désordre et l’incertitude consécutifs à une sortie précipitée de la Grèce de la zone euro, qui pourrait déclencher une crise bancaire sans précédent et exigerait une réponse politique – et inévitablement monétaire – très forte. Troisièmement, le facteur le plus important serait un retournement de la position de l’Allemagne, si celle-ci acceptait de partager son bilan avec le reste de l’UE. Pour l’instant, rien ne le préfigure. Mais, peut-être qu’un effondrement sur les marchés d’actions ou la nationalisation dans l’urgence de banques dans les pays «périphériques» (y compris la France du fait que ses banques sont les plus importantes d’Europe et détiennent d’énormes quantités de dette souveraine européenne) finira par faire fléchir les Allemands et les détournera de leur impératif d’austérité sans union budgétaire.

Nous pouvons imaginer une multitude de scénarios, mais une chose est sûre: un jour ou l’autre, les pays périphériques devront dévaluer leur monnaie. La question est de savoir si cela se fera avec ou sans l’Allemagne et les autres pays économiquement forts.

* Stratège et consultant en devises auprès de Saxo Bank