L'euro est monté mardi à la réouverture des marchés à un point haut de six mois face au dollar et à la livre sterling et de dix mois vis-à-vis du yen. Au plus haut dans les transactions d'hier on retrouvait la monnaie unique à 0,9475 dollar, 108,85 yens et 0,6350 livre, alors qu'il avait touché des planchers historiques à respectivement 0,8230 et 88,95 le 26 octobre dernier et 0,5685 début mai. L'euro affiche un regain de vigueur de 15% face au billet vert depuis le creux de la vague de l'automne.

Chouchou des investisseurs

Il a ainsi corrigé un peu plus de 10% de sa dépréciation des deux dernières années, qui avait vu sa valeur fondre de près d'un tiers par rapport à un dollar alors conquérant. Lequel dollar accuse le choc du coup de froid qui s'abat sur l'économie américaine, encore confirmé hier par la chute brutale de l'indice des directeurs d'achats dans l'industrie manufacturière. Le NAPM, qui est un indicateur avancé puisque les acheteurs sont en amont de la chaîne de production, s'est affaissé à 43,7 en décembre, son plus faible niveau depuis avril 1991, entraînant également une spectaculaire détente du marché obligataire américain, avec une décrue des taux à dix ans en dessous de 5%, jusqu'à 4,95%. Reste à savoir si la panne s'étend au secteur non manufacturier dont l'indice, qui s'établissait à 48,5 en novembre, sera connu mercredi.

Le plus important rendez-vous de la semaine entre le dollar et les acteurs du marché des changes n'aura cependant lieu que vendredi, jour de la publication des statistiques fétiches de l'emploi en décembre. S'il se confirme que le taux de chômage a amorcé une remontée durable, après être passé de 3,9% à 4% de la population active et que les entreprises commencent à mettre à exécution les menaces de licenciements qu'elles ont récemment brandies, l'euro devenu le chouchou des investisseurs, notamment de ceux qui quittent le bateau yen, n'aura aucun mal à franchir dès cette semaine le seuil de résistance de 0,95 dollar, dernier butoir avant le retour à la parité de 1 pour 1 avec la monnaie américaine que l'on n'a pas revu depuis le 22 février dernier.

S'il est peu probable que les entrées de capitaux étrangers aux Etats-Unis s'assèchent, car une part importante de ces flux est constituée d'investissements à long terme sous forme de fusions et acquisitions, il suffirait d'un début d'évaporation pour que l'oncle Sam éprouve les plus grandes difficultés à financer le déficit de sa balance courante qui engloutit près de 1,25 milliard de dollars par jour. La rechute du dollar risquerait alors de devenir incontrôlable, au grand dam des chantres du potentiel d'appréciation de l'euro.