Monnaies

L’euro en dessous de 1,10 franc pour la première fois depuis deux ans

En trois mois, l’euro est tombé de 1,15 franc à moins de 1,10. Certains experts s’attendent à des interventions de la BNS

Le franc est plus demandé que jamais sur le marché des changes. Après avoir longtemps oscillé entre 1,12 et 1,15, la monnaie suisse s’est renforcée depuis avril dernier et, mardi, il a cassé la barre des 1,10 vis-à-vis de l’euro. C’est une première depuis juillet 2017.

Les raisons avancées par les experts sont multiples et vont du conflit iranien à la nomination de Boris Johnson, en passant par les anticipations d’une baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne jeudi, dans le sillage de statistiques conjoncturelles décevantes en Europe, et en particulier en Allemagne. Un sondage réalisé par le site Cash indique que 25% des participants s’attendent à des interventions de la BNS afin d’affaiblir le franc.

L’attente de la BCE

Le franc n’est pas le seul à s’apprécier. «Depuis plusieurs semaines, le yen japonais gagne aussi du terrain», indique Thomas Gitzel, chef économiste à la VP Bank, à Vaduz. Le dollar lui-même est en hausse mardi par rapport au franc, à 0,98 franc. Malgré les attentes de baisse des taux directeurs de la Fed, la valeur du dollar pondérée des échanges commerciaux s’est aussi renforcée ces derniers mois.

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«Mais c’est l’attente d’une baisse des taux de la BCE qui joue un rôle central dans la hausse du franc face à l’euro», selon la VP Bank. La nervosité de la Banque nationale suisse devrait croître, mais il ne faut pas s’attendre à une réaction immédiate de Thomas Jordan et de la direction», juge Thomas Gitzel. Les taux d’intérêt sont déjà négatifs. Des interventions sur le marché des changes augmenteraient les avoirs en devises étrangères et se traduiraient par une augmentation supplémentaire du bilan de l’institut d’émission.

«Donald Trump n’apprécierait pas une intervention et pourrait verbalement s’en prendre à la Suisse, d’autant qu’il s’est déjà exprimé contre toute manipulation des changes. Des interventions constituent toutefois une option préférable à une baisse des taux suisses», juge l’économiste. «La BNS se trouve dans une situation difficile», confirme la banque Valiant, citée par Cash.

A très court terme, avant la décision de la BCE de jeudi, l’attentisme est de mise à la BNS, estime un autre expert. Si Mario Draghi baisse «légèrement» les taux européens, l’euro ne devrait guère s’éloigner des 1,10, juge la VP Bank.

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