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Des pièces en juillet 2011.
© MARTIN RUETSCHI/Keystone

20 ans

L’euro et le franc, vingt ans en dents de scie

Depuis la naissance de la monnaie unique, début 1999, les deux devises ont traversé des périodes stables et des moments houleux. C’était prévu et redouté

Cette année, Le Temps fête ses 20 ans. Né le 18 mars 1998, il est issu de la fusion du Journal de Genève et Gazette de Lausanne et du Nouveau quotidien. Nous saisissons l’occasion de cet anniversaire pour revenir sur ces 20 années, et imaginer quelques grandes pistes pour les 20 suivantes.

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Cette fin d’année 1998 a quelque chose d’inédit. A Lausanne, Nicolas Tissot est chargé de fixer le premier cours de l’euro pour les clients de la Banque cantonale vaudoise (BCV) qui, à la rentrée du 4 janvier 1999, voudront en acheter ou en vendre. Ce sera 1,61 franc. «C’était spécial, mais pas difficile, explique celui qui, depuis, est devenu responsable du négoce de devises à la BCV. On pouvait se baser sur le cours de l’ECU».

L’ECU, c’était ce panier virtuel de devises européennes. Les prémices de la monnaie unique, qui allait rassembler onze Etats européens dans un même système monétaire.

«L’euro était séduisant»

Au même moment, Jean-Pierre Roth était numéro deux de la Banque nationale suisse (BNS). «Cela faisait des années que l’on s’y préparait», se souvient-il. Les travaux préparatoires marqués par deux sentiments opposés. Le bon: «La perspective de faire face à une monnaie fiable et une banque centrale sérieuse étaient une très bonne nouvelle pour nous», après des décennies marquées par l’instabilité monétaire européenne et par les effets néfastes pour les exportateurs suisses de la chute de la lire italienne ou de la peseta espagnole. «L’euro était séduisant, l’enthousiasme qu’il générait aussi», ajoute-t-il.

Il y avait quand même un doute. Jean-Pierre Roth se souvient des incertitudes sur «des promesses qui ne seraient pas tenues». Et il y avait le risque que pourrait représenter une monnaie commune d’un ensemble de pays, de loin le principal partenaire commercial de la Suisse, si elle devenait instable.

Les premières années de cohabitation franc-euro sont fastes. La monnaie unique inspire confiance et espoir. «Rien ne laissait augurer la baisse qui allait venir, il n’y en a pas beaucoup qui auraient parié sur ce scénario», se remémore Nicolas Tissot.

La fin de l’état de grâce

L’état de grâce dure jusqu’au pic de 2007, lorsque l’euro atteint presque 1,68 franc. Puis survient la crise financière. Dès lors, à l’exception de quelques sursauts, l’euro n’aura de cesse de se déprécier. Quand Lehman Brothers est déclarée en faillite, à l’automne 2008, personne ne sait encore que le niveau de 1,60 appartient au passé. On ne le reverra plus jamais.

Dans la foulée de la crise, la planète finance prend conscience de l’état réel des dettes publiques des membres de la zone euro. Les disparités intra-européennes apparaissent au grand jour. L’euro inspire désormais méfiance et scepticisme.

Simultanément, le franc est plébiscité pour son statut de valeur refuge. «Les premiers signes de cette fuite vers le franc avaient été perceptibles dès le 11 septembre 2001», signale Nicolas Tissot. C’est à partir de cette date, et du déclenchement de la deuxième guerre en Irak, que les incertitudes géopolitiques profitent de manière quasi systématique au franc. Mais les événements se précipitent en 2008. Cette fois-ci, ce sont les tensions financières qui font s’envoler la monnaie suisse face à l’euro.

Presque à égalité

En deux ans, le taux euro-franc baisse de 1,50 à 1,10. En août 2011, alors que le dossier grec menace de faire imploser une zone euro, la monnaie unique flirte même avec la parité vis-à-vis du franc.

Un mois plus tard, premier cataclysme. Le 6 septembre, la BNS décide d’instaurer un taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro. Un événement historique qui lie le destin suisse à celui de l’Europe et qui durera un peu plus de trois ans.

Jusqu’à ce matin du 15 janvier 2015, lorsque, sous la pression des marchés, le taux plancher est brutalement abandonné. Dans la salle des marchés de la BCV, on s’en souvient encore comme si c’était hier. «Pendant une quinzaine de minutes, il n’y avait pas de prix, personne ne savait ce que valait l’euro-franc», s’étonne encore Nicolas Tissot.

Aujourd’hui, la zone euro a mis sur pied des garanties financières de solidarité. Elle se porte mieux, tandis qu’en Suisse, la BNS, armée de ses ventes de francs et de ses taux négatifs, fait tout pour que la monnaie suisse soit la moins attrayante possible.

Après presque vingt ans de vie commune, les deux monnaies semblent avoir trouvé un nouveau rythme de croisière. Un équilibre situé à 1,15 et dont personne ne connaît vraiment le degré de solidité.

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