L’interview de Jean-Claude Trichet

«L’euro me paraît actuellement élevé»

Pour Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE) de 2003 à 2011, la gouvernance économique mondiale est en train de se transformer

«L’euro me paraît actuellement élevé»

Le Temps: Comment expliquez-vous le cours élevé de l’euro?

Jean-Claude Trichet: Ce sont plutôt les autres grandes monnaies des pays avancés, le dollar, le yen, la livre sterling, qui sont ou étaient faibles. En tout état de cause, j’ai toujours considéré que les grandes monnaies flottantes ne devaient pas poursuivre des stratégies affichées de change en dehors d’accord explicite du G7, ce qui avait été le cas en avril 1995 pour le dollar, et en septembre 2000 pour l’euro. C’est un fait que l’euro me paraît actuellement élevé compte tenu de l’impact du taux de change actuel sur l’inflation moyenne de la zone, laquelle est en ce moment très faible.

– Vous vous étiez pourtant souvent refusé à vous prononcer sur la valeur de l’euro quand vous étiez en poste. Pourquoi un tel changement de position?

– J’ai toujours rappelé, comme le fait mon successeur, que si la BCE n’avait pas d’objectif de change mais un objectif de stabilité des prix, nous prenions en compte le taux de change comme un élément important influençant la stabilité des prix. Il m’est aussi arrivé de commenter négativement des périodes de hausse de l’euro! J’avais qualifié de «brutale» la hausse rapide de l’euro approchant le niveau de 1,30 dollar fin 2004. J’ai utilisé le même adjectif fin 2007. «Brutal», en anglais, voulant dire aussi bestial, mes propos avaient été assez commentés!

– Que pensez-vous de la création par la Russie, le Brésil, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud d’une banque de développement autonome du FMI et de la Banque mondiale?

– Avec la crise, nous sommes en train de vivre une transformation très profonde de la gouvernance économique et financière du monde. Le G7 des pays industrialisés, qui avait, avant la crise, l’ambition d’être le lieu central de la gouvernance économique informelle de l’économie mondiale, a passé la main au G20. Le G20 réunit non seulement les pays avancés systémiques, mais aussi les pays émergents systémiques. C’est, à mes yeux, la réforme structurelle la plus significative sur le plan mondial de ces dernières années. Il est clair que les institutions de Bretton Woods (Fonds monétaire international et Banque mondiale) doivent elles aussi accélérer formidablement leurs réformes structurelles pour tenir compte du nouvel état du monde. Je souhaite ardemment que ces transformations nécessaires ne remettent pas en cause le caractère universel des institutions financières internationales, car le monde souffrirait beaucoup d’une «resegmentation» de l’économie mondiale. Je considère donc la création d’une banque par les BRICS comme un aiguillon pour rendre plus inclusive une réforme de la gouvernance mondiale unifiée.

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