Thomas Jordan n’en démord pas. Alors que l’euro est remonté jusqu’à 1,20 franc, d’abord brièvement jeudi, puis à nouveau vendredi, le président de la Banque nationale suisse campe sur ses positions. La BNS continue ses actions contre la hausse du franc. Elle «n’est pas pressée» d’adapter sa politique monétaire. «Il n’y a pas lieu d’entreprendre quoi que ce soit en ce moment», a-t-il martelé jeudi soir, sur Bloomberg TV.

Face à la monnaie unique, c’est la première fois depuis le matin d’un certain 15 janvier 2015 que le franc retombe à ce niveau. Personne n’a oublié que le taux de 1,20 est celui qui a prévalu pendant plus de trois ans, lorsque la BNS s’acharnait, à coup de milliards, à ne pas laisser l’euro tomber en dessous de ce plancher.

Aucun relâchement

Depuis la fin du taux plancher, la BNS continue de lutter contre la hausse du franc. Elle le répète d'ailleurs à chaque occasion. Selon les dernières données disponibles, ses réserves de changes ont augmenté de 5 milliards entre fin février et fin mars. Un chiffre à prendre avec certaines précautions, mais qui tend à démontrer que la BNS a acheté l'équivalent d'une poignée de milliards de francs de devises étrangères durant le mois de mars. 

Concernant les taux négatifs, une majorité d'économistes estiment qu'ils resteront à -0,75% jusqu'à l'an prochain. Un sondage de l'agence Bloomberg a montré cette semaine que les pronostics se concentrent sur une première hausse de 25 points de base au dernier trimestre 2019. Ce serait la première hausse des taux d'intérêt en Suisse depuis 2007.

Toujours une valeur refuge

Thomas Jordan est évidemment satisfait de la tendance à l'affaiblissement du franc. Pourtant, à l’inverse de ce que prétendent certains analystes, le président de la banque centrale a estimé jeudi que le franc sert toujours de valeur refuge, lorsque les craintes et l’aversion au risque font leur retour sur les marchés financiers.

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Ces derniers mois, un nombre croissant d’experts a considéré que la BNS était en train de réussir son pari. A force de revendre du franc pour l’empêcher de monter, et d’appliquer des taux négatifs aux grands investisseurs qui en possèdent, elle les aurait convaincus qu’il n’y avait plus grand-chose à gagner à se réfugier dans la monnaie helvétique.

Autrement dit, que le franc était devenu moins séduisant qu’il ne l’était par le passé. «En soi, le franc n'a pas perdu son rôle intrinsèque de valeur refuge, c'est la notion de refuge qui, dans cette phase du cycle économique, n'a plus la même valeur», considère Fernando Martins Da Silva, responsable des investissements à la BCV.

L’euro de plus en plus fort

Si l’euro atteint à nouveau 1,20 franc (1,1960 en fin de journée, vendredi), ce n’est pas seulement parce que le franc baisse. D’ailleurs, face au dollar, il ne s’est que légèrement déprécié, à 0,9750 vendredi. C’est donc que la monnaie unique s’apprécie, sur fond de croissance européenne et, de plus en plus, sur fond de spéculations sur une prochaine hausse de taux en zone euro.

Il y a une dizaine de jours, Ewald Nowotny, le gouverneur de la banque centrale autrichienne, avait évoqué la possibilité pour la Banque centrale européenne (BCE) de remonter les taux et de mettre fin au programme de rachat d’actifs dès cette année. Un couac de communication puisque, dans la foulée, la BCE s’était empressée de préciser qu’il ne s’agissait pas de l’opinion de son conseil des gouverneurs.

Cela n’a pas empêché l’euro de progresser. Et de retrouver, face au franc, un niveau avec lequel il a flirté de très près pendant plus de trois ans.