Monnaie

L’euro se reprend face au franc

Le taux est repassé au-dessus de 1,10 pour la première fois en une année. Le yen est plus sûr que la monnaie suisse, selon Goldman Sachs

Depuis le 22 juin, c’est presque une remontée sans accroc pour la monnaie unique. Le taux de change est passé de 1,0832 franc pour 1 euro à 1,1058 franc pour 1 euro mardi. La veille, la devise suisse avait clôturé au-dessus de 1,10 pour la première fois en plus d’une année.

Le renforcement de l’euro a en réalité commencé fin avril-début mai lorsque la victoire d’Emmanuel Macron a commencé à se dessiner et a rassuré les investisseurs sur l’avenir de la monnaie unique. A cela s’est ajouté un redressement toujours plus solide de l’économie européenne. Et, désormais, c’est la perspective d’une politique un peu moins accommodante de la part de la Banque centrale européenne (BCE) qui soutient aussi l’euro au détriment du franc.

700 milliards de réserves

D’après les analystes de Swissquote cités par l’ATS, le franc pourrait encore se relâcher davantage face à la monnaie unique. Mais le processus prendra du temps: «Le président de la BCE, Mario Draghi, va avancer lentement avec le resserrement de la politique monétaire», a précisé Arnaud Masset. Entre-temps, ce mouvement permet aussi à la Banque nationale suisse (BNS) de limiter les interventions pour affaiblir le franc, alors qu’elle détient déjà environ 700 milliards de francs de réserves de change. Les données publiées lundi par l’institution ne montraient d’ailleurs pas de signes d’intervention sur les marchés des changes, ont commenté plusieurs experts.

Le mois dernier, lors de sa réunion de politique monétaire, la BNS n’avait effectué aucun changement dans sa politique monétaire et maintenu ses taux d’intérêt négatifs. Elle avait cependant répété que le franc était surévalué. Avec la Réserve fédérale américaine (Fed) qui a lancé son cycle de hausse des taux d’intérêt et la BCE qui change de cap, l’institution helvétique devient l’une des seules au monde à continuer à montrer une approche très accommodante.

Le yen plus sûr que le franc

Le franc est une monnaie refuge, mais il n’est pas le plus sûr, a par ailleurs affirmé Goldman Sachs dans une étude publiée lundi et citée par Bloomberg. C’est le yen qui représente le havre le plus solide pour les investisseurs inquiets. Au deuxième rang, la monnaie suisse est au coude à coude avec le dollar américain.

Les experts ont comparé des fluctuations quotidiennes et mensuelles d’un panier de 28 devises fixes et flottantes, des pays développés et émergents, pendant deux phases, de 2007 à 2011 et de 2012 à 2016. Selon cette recherche, c’est le yen qui a montré la corrélation négative la plus constante avec les actions mondiales, les prix du pétrole en dollars et les rendements des obligations américaines à 10 ans. En résumé, plus les marchés sont sensibles au risque, plus le yen s’apprécie, et ce, de la façon la plus constante parmi toutes les monnaies ces dix dernières années.

A l’inverse, le peso mexicain, le rand sud-africain, le dollar canadien et le dollar australien apparaissent comme les monnaies les plus risquées et les plus susceptibles de chuter lorsque les investisseurs s’inquiètent.

Si le franc n’est pas le plus sûr, il est au moins le plus performant, et ce, depuis plus longtemps encore, avait cependant montré une étude de Credit Suisse fin juin. Le franc a augmenté de 0,7% par rapport au dollar par année depuis 117 ans. Et il n’y a pas de raison pour que cela change au cours des 100 prochaines années, avait estimé Burkhard Varnholt, responsable des investissements pour la Suisse de la banque, lors d’une présentation.

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