Alors que les cambistes américains s'accordent un week-end de repos prolongé en raison de Thanksgiving, le billet vert pique du nez face à l'euro. En progression depuis mardi, la monnaie unique a franchi 1,31 dollar vendredi, soit son plus haut niveau depuis avril 2005.

«Cela devient évident que la Réserve fédérale (Fed) a fini son cycle de resserrement monétaire et que la Banque centrale européenne (BCE) a encore des hausses de taux en perspective», estime Sue Trinh, stratège devises de RBC Capital Markets, citée par Bloomberg. Le sentiment que la BCE va relever son principal taux directeur à 3,5% en décembre est partagé par l'ensemble de la communauté financière. Un nouveau tour de vis est même attendu pour mars 2007. Et ce ne sont pas les dernières statistiques, soulignant la bonne forme de l'économie européenne, qui infléchiront cette perspective.

Exportateurs pénalisés

En effet jeudi, l'indice Ifo, qui mesure le moral des chefs d'entreprise en Allemagne, a bondi à 106,8 points en novembre, un niveau jamais atteint depuis quinze ans, alors que les analystes tablaient sur une baisse. Quand au moral des industriels français, il s'est stabilisé à un niveau nettement au-dessus de sa moyenne à long terme, selon l'Insee. Ajoutez à cela une hausse de l'inflation allemande plus forte que prévu au mois de novembre, et voilà les craintes inflationnistes des grands argentiers européens renforcées. «C'est vrai que le dollar ne s'est pas développé comme nous l'attendions, relève Marcus Hettinger, chez Credit Suisse. Nous voyons d'ailleurs toujours d'importants arguments pour un dollar plus fort à long terme, comme le fait que la Fed ne va pas réduire ses taux d'intérêt en 2007.» Mais au vu des mouvements de cette semaine, le stratège admet qu'à court terme, le billet vert va encore faiblir contre les principales devises.

Au grand dam des valeurs exportatrices - comme les constructeurs automobiles européens -, pénalisées par cette évolution.