Même les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis n'avaient pas eu un tel effet sur l'euro. Face au franc, la devise européenne a perdu en une semaine près de 10 centimes ou plus de 5%. Depuis ses sommets d'il y a un an et son record absolu de 1,6828 franc le 11 octobre 2007, elle a perdu quelque 13% de sa valeur. Lundi, l'euro est même tombé à son plus bas historique, 1,4308 franc, avant de se redresser quelque peu. La devise européenne subit un plongeon similaire face au dollar.

«La publication vendredi de l'indice des directeurs d'achat de la zone euro montre que celle-ci est déjà en récession, ce qui ouvre la voie à de nouvelles baisses de taux», explique Jan Poser, chef économiste à la banque Sarasin. Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a d'ailleurs déclaré hier qu'une nouvelle baisse de son taux d'intérêt directeur le 6 novembre est «possible».

Zone euro en récession

De sorte que le rendement des placements en euros va encore diminuer, ce qui explique que les investisseurs vendent cette devise pour en acheter d'autres offrant de meilleures - ou de moins mauvaises - perspectives. La vitesse de l'appréciation du franc s'explique aussi par le débouclage d'opérations de portage, ajoute Jan Poser. Ces opérations consistaient à emprunter en francs pour acheter des titres en euros offrant un rendement supérieur aux intérêts du crédit finançant l'opération.

Enfin, ce mouvement s'inscrit dans une phase où les investisseurs fuient le risque et recherchent les valeurs refuges, une catégorie dans laquelle le franc suisse figure en bonne place. L'appréciation de ce dernier donne tort aux économistes qui pensaient que l'avènement de l'euro avait fait perdre cette qualité à la devise helvétique.

Jusqu'où la baisse pourrait-elle se poursuivre? Le G7 a fait savoir qu'il pourrait agir contre la «volatilité» du marché des devises. Quant à la réaction de la Banque nationale suisse (BNS), elle pourrait être une baisse de taux lors de la prochaine réunion du comité de politique monétaire, le 11 décembre prochain.

La pression pour une action en ce sens va certainement monter ces prochaines semaines. Lors de la précédente phase de faiblesse de l'euro, entre septembre 2001 et mars 2003, les appels en vue d'une action de la BNS pour faire baisser le franc s'étaient multipliés, notamment de la part des syndicats. Durant cette période, la devise européenne a évolué la plupart du temps entre 1,45 et 1,48 franc.

Un franc fort par rapport à l'euro handicape les exportations et le tourisme suisses. A l'inverse, il rend les achats en euros plus attrayants, que ce soit les importations, les courses de l'autre côté de la frontière ou les vacances.