Klaus Regling est devenu le troisième homme-clef de la zone euro. Jusque-là, les deux personnalités autorisées à commenter les décisions prises par les ministres des Finances des dix-sept pays de la zone euro (depuis l’adoption de la monnaie unique par l’Estonie le 1er janvier) étaient le président de l’Eurogroupe depuis 2004, Jean-Claude Juncker, et celui de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet.

Klaus Regling, un ancien haut fonctionnaire de la Commission nommé en mai à la tête du Fonds de secours d’urgence basé à Luxembourg (European Financial Stability Fund ou EFSF), complète désormais le trio. Mieux: c’est lui, ce lundi, qui sera au centre des discussions des ministres des Finances de l’Eurogroupe, puis des pourparlers à Vingt-sept mardi matin, alors que cette semaine s’annonce à nouveau tendue. L’Espagne après avoir placé avec succès ses titres obligataires la semaine dernière, doit de nouveau émettre le 20 janvier un emprunt à dix ans considéré comme un test crucial de la stabilité retrouvée, ou non, des marchés financiers.

Les avis sont tranchés depuis quelques jours. Le président de la Commission européenne, mais aussi plusieurs ministres et de nombreux économistes souhaitent une réforme urgente du Fonds de secours pourtant âgé de moins d’un an. Leurs arguments seront au centre des débats, lors de la réunion de travail suivie d’un dîner, dont les conclusions devraient être connues vers 22 heures au plus tôt.

Les uns, comme José-Manuel Barroso, souhaitent une augmentation de la capacité d’emprunt de l’EFSF plafonnée aujourd’hui à 440 milliards d’euros. D’autres plaident pour rediscuter de ses modalités et de la stricte conditionnalité imposée pour tout déblocage de fonds au profit des pays défaillants.

Le ton de la discussion de ce soir, et les idées avancées planteront le décor pour le premier Conseil européen (le sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement) prévu le 4 février, durant lequel des décisions sont attendues. L’un des sujets de divergence porte par exemple sur la dotation réelle du Fonds. Celui-ci, fort de 440 milliards d’euros de garanties des Etats de la zone euro, ne peut selon certains spécialistes lever effectivement qu’environ 250 milliards à 350 milliards, le reste devant être mis de côté du fait de garanties nécessaires pour obtenir des conditions de prêt attractives.

Les rôles sont bien établis: la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche ou la Finlande sont réticents à toute précipitation. «Il ne s’agit pas d’élargissement ou d’augmentation mais d’assurer que la somme décidée en mai (2010) est effectivement à disposition», a indiqué lundi le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble Le gouvernement allemand préférerait par ailleurs que les décisions sur ce sujet interviennent seulement en mars, lorsque les conditions de la révision du Traité de Lisbonne – approuvée en décembre par les Vingt-sept pour que puisse être créé un mécanisme de secours permanent – seront connues.

«Ces propositions isolées ne rendent pas la situation plus facile, mais la compliquent», a poursuivi Wolfgang Schäuble qui, auparavant, avait déclaré à plusieurs reprises «ne pas attendre de décisions de cette réunion de l’eurogroupe».

Mais la pression est forte. Aux côtés de l’Espagne qui occupe cette semaine le devant de la scène et a plutôt bonne réputation auprès des investisseurs internationaux, le Portugal et la Grèce sont perçus comme des pays trop endettés pour pouvoir tenir leurs engagements. Ironie de la situation, l’un des plus ardents supporters d’un élargissement rapide du Fonds est le Royaume-Uni qui, tout en répétant qu’il ne contribuera pas financièrement aux futurs sauvetages, a demandé à être associé aux discussions sur la création du mécanisme européen permanent de gestion des crises à partir de 2013.