Cahin-caha, la Grèce met en place les réformes exigées par ses bailleurs de fonds. Résultat: réuni lundi au Luxembourg, l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro) a donné le feu vert au déboursement de 1,1 milliard d’euros (environ 1,2 milliard de francs), ce qui permettra à Athènes d’honorer ses engagements qui arrivent à échéance à la fin du mois. Une nouvelle tranche de 1,7 milliard serait libérée ces prochaines semaines. Les deux aides compléteront une première de 7,5 milliards débloquée en juin dernier. Athènes et l’Eurogroupe s’étaient entendus en juillet 2015 sur un programme de 86 milliards d’euros en contrepartie des réformes. Les deux précédents programmes ont été mis en place en 2010 (110 milliards) et en 2011 (130 milliards).

Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires avait donné le ton lundi matin, affirmant que de bons progrès en matière des réformes ont été réalisés. «Le versement de ces 2,8 milliards d’euros était conditionné à la réalisation de quinze réformes spécifiques qui ont toutes été complétées», s’est-il réjoui. Parmi celles-ci, les privatisations, la libéralisation du marché d’énergie et la création d’une autorité indépendante pour surveiller les revenus publics.

Différend FMI-Bruxelles

«La Grèce se porte un brin mieux aujourd’hui; elle renoue avec la croissance et la confiance revient», a déclaré pour sa part Jeroen Dijsselbloem, le ministre néerlandais des Finances et président de l’Eurogroupe. Moins affirmatif que Pierre Moscovici, il avait déclaré que la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI) allait encore évaluer les progrès réalisés par Athènes avant tout déboursement.

Toutefois, force est de constater qu’au sein de la troïka, un sérieux différend oppose la Commission et le FMI. Ce dernier pourrait même quitter le programme auquel il participe financièrement depuis 2010 et n’y retrouver qu’un rôle de conseiller. Un débat à ce propos est lancé à l’interne de l’institution et une décision sera prise avant la fin de l’année. L’institution financière qui a beaucoup d’expérience dans le redressement économique de ses clients, insiste sur un plan de désendettement pour la Grèce. Selon elle, sans une telle initiative, le pays ne pourrait pas se relever malgré les sacrifices consentis depuis 2010. «Il faut que le redressement marche sur les deux jambes, avec d’une part la mise en œuvre des réformes et d’autre part, avec un allégement significatif de la dette», a fait comprendre Delia Velculescu, envoyée du FMI en Grèce.

Inacceptables aux contribuables allemands

En mai 2015, l’Eurogroupe avait accepté le principe d’un allégement de la dette publique qui s’élève à 180% de son produit intérieur brut, mais sans que les modalités ne soient clairement définies. En réalité, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a fait comprendre à maintes reprises qu’une telle mesure serait difficilement inacceptable aux contribuables allemands qui ont déjà été sollicités. «Le problème grec ne concerne pas la dette, mais sa faible compétitivité», a-t-il dit la semaine dernière lors de l’assemblée générale annuelle du FMI à Washington.

Autre problème. Selon le FMI, les prévisions conjoncturelles grecques faites par Bruxelles sont irréalistes. Tout en insistant sur un programme de désendettement, le gendarme de l’économie mondiale appelle Athènes à prendre de nouvelles mesures pour augmenter ses recettes fiscales. Notamment la réforme du système des retraites et la réorganisation de la fonction publique.